Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 17:36

Le dernier roman de Paul Colize est titré Back Up… C’est un roman noir, c’est annoncé sur la couverture. Mais avant d’être, ou tout en étant, un roman noir, c’est un roman de Paul Colize.

On retrouve avec plaisir son écriture, ses titres de chapitre qui en annoncent invariablement les derniers mots. On retrouve le plaisir qu’a Colize d’écrire et de nous offrir une intrigue travaillée, une construction élaborée qui joue avec nous, qui fixe notre attention en alternant les points de vue, à la première ou la troisième personne, ou omniscient derrière le déroulement des événements. Qui joue avec les époques, l’année dernière, ou celle d’avant, et les années 60 et leur déferlante rock qui avait pris naissance dans la décennie précédente.

Paul Colize nous offre une version toute personnelle de cette décennie et de son “sexe, drogue et rock’n roll” qui ne s’est pas arrêté avec la venue des années 70… Cette version est noire, particulièrement noire, elle nous donne une vision différente, désaxée, sur une période qui peut être mythique pour certains, qui est en tout cas historique (ça file un coup de vieux à d’autres, non ?).

Chez Colize, la drogue ou le rock’n roll deviennent inquiétants, flippants. Car c’est une manière toute personnelle qu’a Colize de célébrer le pouvoir de la musique, la puissance du son…

 

Nous suivons les trajectoires de plusieurs personnages. Un groupe de musiciens comme il en existait beaucoup au milieu des sixties, un groupe anglais, un groupe de rock, décimé sans raison apparente. Un autre musicien, un batteur Back Up (2012)belge, qui fuit l’armée puis la police, qui dégringole. A travers ces trajectoires et les enquêtes qu’elles suscitent, nous parcourons les années en côtoyant les individus en marge qui rêvaient d’un monde meilleur, d’un monde différent et ne voulaient pas de celui qu’on leur offrait, en côtoyant les milieux musicaux et leur déglingue, leur jusqu’au-boutisme dans toutes les expériences qu’il leur était donné de vivre… La drogue coule à flot, la musique devient une religion, le rock’n roll déchaîne les passions et un monde va passer près de l’explosion…

Les différents points de vue enrichissent la peinture de l’époque. Elle est vue sous des angles variés, avec pour épicentre la musique. La musique et les passions qu’elle a provoquées, chez les spectateurs ou spectatrices. La musique et les vocations qu’elle a suscitées. La musique et la récupération inévitable qu’elle a générée, son pouvoir sur les foules présentant un attrait pour nombre de personnes plus ou moins bien intentionnées.

 

Vous l’aurez compris, Colize explore l’influence de la musique et du son sous bien des aspects… Son ouvrage n’a pourtant rien de théorique. Il nous offre une intrigue prenante, il nous offre, comme à son habitude, des personnages particulièrement réussis, des personnages en marge que l’on a l’impression d’avoir croisés. Que l’on est sûr d’avoir croisés une fois le livre refermé, tellement ils sont fouillés, réels, pleins de zone d’ombre, de doutes.

Et puis, Paul Colize nous gratifie de clins d’œil avec, par exemple, l’évocation de l’objet central de l’intrigue de son roman Le baiser de l’ombre, lors d’une visite de musée. Et d’ailleurs, bien que, vous l’avez compris, la musique soit le centre du roman, la peinture est toujours présente, autre signature du romancier, amateur de cet art. Nous voyageons de nouveau, de Bruxelles à Paris, de Londres à Berlin, de Montreux à Vienne ou New York…

 

C’est bien un roman de Paul Colize, un roman noir.

Noir, car nous suivons des itinéraires qui sombrent petit à petit… nous suivons des individus qui se perdent, volontairement ou victimes d’une société de laquelle ils se sentent de plus en plus étrangers, à l’image de cette musique qu’ils ont aimée et dont ils s’éloignent, en regrettant son évolution ou l’arme qu’elle peut devenir… A l’image de ces disparitions qui jalonnent notre parcours au travers des pages.

Un roman noir car il en devient paranoïaque… et nous donne envie d’en réécouter la bande-son, l’esprit peuplé de nouvelles images pour accompagner ces morceaux évoqués au cours de la lecture et listés en fin de livre.

Par Jérôme Jukal - Publié dans : Colize Paul - Communauté : Culture Polar
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 14:13

En 2000 paraît Cartago.

Un roman qui marque un virage dans l’œuvre de l’écrivain sans toutefois déparer du reste. C’est un roman rondement mené, un quasi-thriller, tout comme avaient pu l’être auparavant Barjot ! ou Six-Pack. C’est un roman qui frôle certains fantasmes propres au polar ou aux genres voisins, après le grand banditisme et les tueurs à gage de Canine et Gunn, le tueur en série de Six-Pack (encore), voici maintenant les services spéciaux, ces officines d’Etat qui ont des droits et un manque de scrupules pour mener à bien leur mission que le commun des mortels n’a pas. Ou ne peut se Cartago (2000)permettre.

En l’occurrence, l’officine est chargée de la protection du chef de l’Etat. Et l’histoire démarre au lendemain d’un attentat manqué contre celui-ci… Une nouvelle unité est créée pour suppléer à la précédente, indépendante de l’officine en question et directement assujettie à l’Elysée. La nouvelle unité va, cette fois lui être directement rattachée et un de ses agents, Phalène, en fera partie… Oppel joue avec les sigles puisque la CAT et opposé à la DOG. Entre autres.

Nous sommes en pleine politique fiction et, sous couvert du genre, l’écrivain joue avec les conventions, les passages quasiment obligés… Phalène, agent infiltré par la DOG dans le Groupe, va étroitement côtoyer le président, intégrer sa protection la plus rapprochée. Mais Phalène n’est pas qu’une garde-du-corps, elle se pose des questions sur les raisons qui ont poussé une organisation à payer pour tuer un président déjà mal en point, presque mourant. Nous sommes en 1994 et la succession est lancée, alors, pourquoi s’intéresser encore à celui qui ne représentera plus rien, en tout cas plus l’Etat, d’ici quelques mois…

Oppel joue avec les codes pour nous offrir une nouvelle fois un roman rythmé, un roman accrocheur, un roman loin d’être juste une politique-fiction… Ou alors, rappelant celles des années 70 au cinéma, celles d’Alan J. Pakula notamment. C’est un récit qui se veut neutre, respectant, je le répète, certains codes en vigueur. Oppel est un écrivain cherchant à s’inscrire dans les différents genres qui voisinent avec ou font le polar, il sait mener une intrigue et nous offre avec Cartago un roman tendu, un suspens prenant, s’élevant vers une apothéose finale qui restera légèrement extérieure au livre…

 

Deux ans plus tard, Jean-Hugues Oppel poursuit son exploration de la politique et de ses à-côtés. C’est Chaton : trilogie. Une trilogie en un seul roman.

Après la politique-fiction vue du côté des officines d’Etat, nous voici devant les liens entre politiques et banditisme. Sous toutes ses formes. Un homme, Chaton, est animé d’un esprit de vengeance carabiné. Un esprit de vengeance Chaton trilogie (2002)meurtrier. Une femme, commissaire de son état, sent l’histoire beaucoup plus compliquée qu’un simple règlement de compte quand elle débarque sur les lieux d’une tuerie particulièrement efficace et sauvage.

Après la politique-fiction menée à la manière d’un thriller, d’un roman d’espionnage, nous sommes de retour du côté du polar, avec une intrigue en forme d’enquête et de traque. Pas si loin de Six-Pack ou Ténèbres, pas loin non plus du roman d’Amila, Sans attendre Godot… Il y a d’autres points communs entre les deux auteurs comme, par exemple, cette façon de mener l’histoire, de faire monter la tension jusqu’à un final en apothéose… Apothéose plutôt négative bien souvent.

La femme commissaire, Valérie Valencia, n’est pas sans nous rappeler les flics croisés précédemment dans l’œuvre de l’auteur. Elle n’est pas sans rappeler les personnages principaux de tous ses livres, des êtres solitaires, sans attaches ou les ayant rompues… Et prêts à tout pour connaître la vérité.

 

En 2005 paraît le troisième volet de l’exploration politique de Jean-Hugues Oppel. French Tabloïds, de part son titre et de l’aveu même de l’auteur en ouverture, est un hommage à Ellroy.

Avec les deux précédents romans, on pouvait le sentir venir… Après un roman proche de l’espionnage, comparé à ceux French Tabloïds (2005)de Frédéric Forsyth en quatrième de couverture, après un autre proche d’un polar plus classique, cette fois, Oppel lorgne du côté des grands contemporains et de l’un d’entre eux en particulier.

Dans la forme, le roman se présente comme une alternance de textes, de unes de journaux ou d’extraits d’autres documents, il use de phrases courtes, simples. Dans le fond, il s’agit de la réécriture d’une page récente de notre histoire politique… Comment a été mené à bien le passage au deuxième tour de l’élection présidentiel d’un candidat d’extrême-droite. C’est un roman qui fait certainement énormément appel à l’imagination de son auteur, à son interprétation, ses fantasmes, mais qui est également sérieusement inspiré d’un fait authentique ayant marqué l’actualité récente.

Oppel nous offre une vision paranoïaque d’un événement, tout comme l’écrivain auquel ce roman se réfère.

 

L’exploration de ce sujet, la politique et ce qui tourne autour, va se poursuivre dans l’œuvre de Jean-Hugues Oppel, avec ses deux derniers romans parus à ce jour… J’y reviens dans pas longtemps.

Par Jérôme Jukal - Publié dans : Oppel Jean-Hugues - Communauté : Culture Polar
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 14:51

Avec le cinquième roman de Jean-Hugues Oppel, deux changements s’opèrent… Deux changements qui apparaissent en couverture. Tout d’abord, les couleurs ne sont plus cette association de jaune et noir si connue, si identifiable et puis le nom n’apparait plus seul. Changement d’éditeur, donc, arrivée chez Rivages dans la collection dirigée par François Guérif et prénom révélé aux lecteurs curieux, qui le connaissaient peut-être déjà mais cette fois en ont la confirmation quasi officielle.

Avec ce cinquième roman, outre ces changements, Oppel poursuit son évolution, son exploration du monde du polar, s’approchant du roman noir…

 

Brocéliande sur Marne paraît en 1994 et confirme la richesse de l’univers du romancier. Après être entré dans le polar par deux romans assez classiques pour l’époque, bien dans la tendance du moment, et pourtant déjà marqués par une certaine patte, une plume et un certain humour, puis deux romans s’approchant d’une observation plus sociale, Oppel change encore.

Broceliande sur Marne (1994)Il avait rendu hommage à certains aînés auparavant, cette fois, il s’empare d’une légende pour nous raconter une histoire bien actuelle… Il s’empare d’une légende pour la pervertir. Arthur et les chevaliers de la table ronde ne sont plus ce qu’ils étaient, ils ne sont même plus tout à fait du même côté, les vielles rivalités les ont poussé dans des camps opposés. Les chevaliers ne sont plus aussi fringants, les fées ont sombré, emportées par leurs mixtures.

C’est un paysage pas très reluisant que nous offre Oppel, un paysage de banlieue promit à l’avidité des promoteurs, aux coulées de bétons à vous défigurer les vieux quartiers, à vous expatrier les habitants pour faire place nette et attirer les gogos pleins aux as. Ou tout au moins aisés. L’humanité n’est pas à chercher du côté des politiques ou des professionnels du bâtiment mais plutôt de celui des petites gens, de ceux qui faisaient les banlieues jusqu’ici. Elle peut aussi se cacher dans la jeunesse, une jeunesse pas forcément si désabusée, ou en tout cas prête à se battre encore.

Oppel continue à mettre son style léger, parfois humoristique, décalé, au service d’une intrigue détaillant un pan peu reluisant de notre société. On ne s’embarrasse pas de scrupule quand il s’agit de faire du fric. Le fric est d’ailleurs devenu une raison de ne plus se préoccuper de ses semblables. Constat pessimiste mais malheureusement plus que jamais actuel. Constat noir… couleur qui teinte de plus en plus les romans du monsieur.

 

Quelques mois après Brocéliande sur Marne, Oppel commet un nouveau roman, un roman qui confirme sa place dans le paysage du polar.

Ambernave s’attaque de nouveau à décrire notre société malade. Malade du chômage, de la crise et de la pauvreté qu’elle entraîne. Pauvreté que certains persistent à croire volontaire, à stigmatiser. Oppel rend hommage à un autre monument de la littérature, à l’un des auteurs marquants du XXème siècle et à une de ses œuvres incontournables, Des souris et des hommes de Steinbeck. Il s’y attaque avec humilité et en propose une version qui s’intitulerait “DesAmbernave (1995) petits chiens et des ombres”.

Nous suivons le parcours d’un ancien docker, abimé, un ancien docker qui vivote, qui tente de garder une certaine dignité en se battant pour survivre. Un docker dont l’une des références est le roman de Steinbeck et qui va le vivre de l’intérieur… Qui va en vivre sa propre version.

C’est une histoire déglinguée que nous offre Jean-Hugues Oppel, déglinguée et pleine d’une humanité qui s’accroche encore à quelques uns d’entre nous. Espérant sûrement des jours meilleurs. Espérant ne pas être définitivement condamnée. Emile va devoir composer avec ses sentiments, lui, le misanthrope, va se découvrir des envies d’amitié, des envies de protection, de se soucier de son prochain… Plutôt inattendu mais il va l’accepter et s’y soumettre.

C’est un roman marquant, touchant, dans lequel Oppel va jusqu’au bout, ne détournant les yeux devant aucune forme de violence, s’attachant à des personnages parfois peu recommandables. Des personnages enfantés par notre société. C’est noir et pessimiste.

En arrivant chez Rivages, Oppel aura écrit, au milieu des années 90, deux romans majeurs dans son œuvre, deux romans qui témoignent de son talent, qui le confirment définitivement… Mais il n’en restera pas là.

 

L’attirance pour le noir chez Oppel se confirme avec son opus suivant.

Six-pack a un aspect moins social que les deux bouquins précédents. Il lorgne du côté des hard-boiled d’outre-Atlantique, nous proposant de nouveau un personnage déglingué mais ce personnage déglingué sera pour cette fois Six-Pack (1996)un flic, un enquêteur, aux prises avec une affaire nauséabonde. Une affaire de crimes en série aux répercussions délicates… Une affaire qui va l’obliger à désobéir à ses supérieurs, à plonger dans une histoire dont il ne pourra de toute évidence pas ressortir entier. Indemne, comme on dit.

Un tueur se plaît à occire de jeunes femmes célibataires, à les occire de manière assez sauvage. Mais y a-t-il des crimes civilisés, respectueux des victimes ? L’inspecteur Saverne s’y colle et ira jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte.

Oppel nous parle un peu de mondialisation, nous présentant ces crimes en série comme une importation états-unienne que nous allons devoir nous coltiner au même titre que les chaînes de restauration rapide et en série ou tout un autre tas de produits venus de là-bas. Oppel plonge surtout dans une noirceur profonde, noirceur et thème qui pourraient rappeler par certains côtés ceux d’American Psycho d’Ellis mais traités d’un autre point de vue.

C’est de nouveau un roman marquant.

 

Le roman suivant paraît deux ans plus tard, en 1998.

Ténèbres explore de nouveau le roman noir et la descente aux enfers d’un flic déjà pas mal bousculé, marqué.

La mort est partout et Novembre, flic de son état, l’a beaucoup affrontée. Il va s’y coller encore et aller très loin.

Jean-Hugues Oppel nous décrit une autre manière de détruire les esprits inventée par l’homme. Après les produits enTénèbres (1998) série qui déboulent jusqu’à nous, il nous parle des croyances et de l’endoctrinement qui y sont attachées, parfois… Après l’économique, le spirituel détruit les âmes…

C’est un roman marquant car Oppel, tout en explorant un autre sujet, s’intéresse toujours à une forme en constante évolution. Le roman noir qu’il commet n’est pas tout à fait le même que celui d’avant, ce n’est plus un thème majeur du roman anglo-saxon qu’il accommode à la sauce française mais une autre façon de fouiller l’âme humaine et ses dérives. Une dégénérescence inhérente à l’humanité, une certaine humanité… une humanité malade.

Jean-Hugues Oppel va très loin, se met peut-être un peu en scène puisque le personnage central aime les chats, roule en moto…

C’est, pour moi un roman important dans l’œuvre d’Oppel, un roman que j’ai particulièrement apprécié. Peut-être parce qu’il est proche de thèmes, d'une approche, chers à un auteur comme Pagan, par exemple…

 

Après avoir arpenté le roman noir, notre écrivain va bifurquer. Il va s’aventurer sur un terrain qu’il a déjà effleuré mais qu’il veut approfondir. Un pan de notre société qui génère pas mal de fantasmes. La politique et tous ceux qui tournent autour… Ce sera pour la prochaine fois.

Par Jérôme Jukal - Publié dans : Oppel Jean-Hugues - Communauté : Culture Polar
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 15:01

C’est dans la collection créée par Duhamel que débarque Oppel. D’abord en duo, comme d’autres avant lui, Manchette ou consort.

En 1983, Dorison et Oppel s’associent pour nous raconter à deux voix l’histoire de Canine et Gunn. Les présentations avec les deux personnages du titre, ceux que nous allons principalement suivre, sont expédiées dès les premières pages. Nous savons d’emblée où nous nous aventurons et quelle genre d’histoire va nous être contée… Une jeune Canine et Gunn (1983)femme, aimant les armes et acceptant certains contrats pour l’argent, et son chien aux ambitions si proches de sa maîtresse.

Le duo débarque en Corse. Pas pour le tourisme. Il débarque pour mettre la main sur du matériel acquis illégalement par des voyous locaux. Ce matériel attire les convoitises de pas mal de monde et Canine et Gunn vont devoir tracer leur chemin aux milieux de ces luttes de clans (corses et siciliens), luttes de pouvoir (CIA et KGB, guerre froide oblige).

C’est une histoire dans l’esprit du polar des années 80, un polar dans la lignée de ce qu’est devenu le polar après que quelques aînés aient contribué à son évolution. Manchette n’est pas loin, Klotz non plus, deux auteurs dont Oppel se réclame d’ailleurs. C’est l’histoire d’une femme plongée dans un monde habituellement réservé aux hommes, quand je dis habituellement, je pense surtout à l’univers romanesque balisé, le polar calibré…

Oppel et Dorison arrivent et nous proposent déjà une relecture du polar tel qu’il existe à leur époque, apportant un décalage qui y ajoute une certaine saveur. De l’ironie. Mais leur arrivée est surtout marquée par un roman rythmé, efficace. Un de ces romans que l’on aime lire entre deux trains ou deux gares.

 

Il faut attendre cinq ans pour ouvrir le deuxième roman d’Oppel. Il a, entre temps, comme son compère Dorison, touché au cinéma mais, contrairement à Dorison, il revient au polar, univers qui semble lui convenir et convenir à sa plume.

En 1988 paraît Barjot !, toujours dans la collection à la couverture noir et jaune. Ce roman est un régal pour qui goûte à l’univers du polar de l’époque, à un certain univers du polar. Il s’agit d’un roman ressemblant à une course-poursuite,Barjot ! (1988) un homme est aux prises avec une réalité qu’il ne connaissait pas. C’est un polar qui bouscule et vous tient en haleine avec un rythme particulièrement soutenu. Ça commence fort, ça commence avec un massacre perpétré de main de maître. Le massacre d’une famille réunie autour de la table pour partager un repas. Une famille dans laquelle le père, Jérôme-Dieudonné Salgan, manque seul à l’appel… Pour une roue crevée, roue crevée à cause d’un chauffard dont il se prend à penser qu’il n’est pas étranger à l’élimination de sa famille. Et ce père ne va plus penser qu’à régler leur compte à ceux qui ont fait ça, il est en vie et il doit s’accrocher à quelques chose. Mais il n’est pas familier des enquêtes, pas familier des pistes à suivre ni de la manière de les débusquer, les pistes. Cette naïveté va lui servir puisqu’il en devient imprévisible du point de vue des professionnels, engoncés dans leurs habitudes. Oppel nous offre un personnage proche de nous, confronté à un univers que nous ne connaissons qu’à travers la lecture. Et l’alchimie prend. Que demande le lecteur sinon d’être dans l’histoire ?

Avec ce deuxième roman, le premier en solo, Oppel s’affirme et se fait un nom. Pour le prénom, il faudra encore attendre. Il s’affirme comme un auteur maîtrisant le genre et y ajoutant une touche nouvelle. Un bon auteur de polar. Un auteur à suivre.

J’en avais parlé par ici.

 

Trois ans s’écoulent avant la parution du bouquin suivant. Zaune atteint les gondoles en 1991. Le réalisme (un certain réalisme) qui était à la périphérie de ses deux premiers opus est, cette fois, bien présent. L’action de Zaune se situe dans une réalité à l’œuvre en ce début des années 90.

C’est une nouvelle course-poursuite que nous donne à lire Oppel. Une course contre la montre pour Zaune, pour Zaune (1991)sauver son frère. Dans sa banlieue, cet ancêtre de la cité, de ces cités dont on parle à tout bout de champ désormais. Zaune va devoir courir pour sauver son frère de ses trafics et de ses tentatives particulièrement naïves d’escroquer plus fort que lui…

Oppel, sous couvert d’une action tendue, nous fait parcourir cette banlieue où tant de personnes vivent ou sont appelées à vivre dans les années qui suivront. Il nous fait parcourir la banlieue en nous offrant au passage à voir les acteurs, les personnes qui la font, qui y sévissent. Et Zaune évolue dans ce microcosme…

Oppel évolue radicalement avec ce troisième roman, il ne centre pas tout sur l’action mais se met dans la position d’observateur. Observateur de la société dans laquelle il vit, de la société dans laquelle vivent ses lecteurs. Il franchit l’espace qui sépare le divertisseur de l’auteur…

J’ai chroniqué ce livre pas plus loin que .

 

L’année suivante paraît le dernier roman d’Oppel à la série noire. Ce sera Piraña matador, polar exotique.

Ce qu’avait amorcé Oppel avec son polar précédent, l’observation des sans-grade, des exploités, se poursuit. Sous une autre lattitude, l’auteur observe la lutte d’un patron tout puissant contre ses ouvriers, contre les syndicats qui pourrissent leur esprit, leur donnant des idées revendicatrices. L’élément étranger que nous allons accompagner estPiraña matador (1992) un exécuteur de basses œuvres appelé là pour nettoyer la ville de ses empêcheurs d’exploiter en rond. Un exécuteur qui se prend à penser, qui ne maîtrise plus son côté humain…

Comme pour les romans précédents, il y a lutte, lutte de pouvoir. Après les services secrets et un certain crime organisé dans Canine et Gunn, différents services d’Etat dans Barjot !, la police et les malfrats qui veulent asseoir leur main mise sur un territoire dans Zaune, nous voici cette fois au cœur du monde du travail. Comme pour les romans précédents, l’action est rythmée et tend vers une conclusion en forme d’apothéose, une montée en puissance, en tension, qui trouve parfaitement sa place dans la collection où sévit l’écrivain.

Le cap qu’il avait franchi avec l’ouvrage précédent se confirme, Oppel approfondi ses personnages, ils ne sont plus de simples faire-valoir d’une intrigue rondement menée, distrayante et efficace. Son point de vue devient social, critique… Oppel confirme tout le bien que ses autres romans pouvaient laisser imaginer, entrevoir.

 

Après s’être fait un nom, Oppel va s’attaquer à son prénom en changeant d’éditeur et en étoffant son univers, en enrichissant ce que nous avons pu discerner à la “série noire”.

Par Jérôme Jukal - Publié dans : Oppel Jean-Hugues - Communauté : Culture Polar
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés