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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 17:55

Chaque année, quand le printemps s'annonce, un nouvel opus des aventures du shérif du comté d’Absaroka pointe son nez et vient étoffer la bibliographie de Craig Johnson. Cette année, il s’intitule Molosses. C’est, comme depuis le début, Sophie Aslanides qui s’est chargée de la traduction de ce qui s’appelait Junkyard Dogs dans le Wyoming, et qui est paru en 2010 là-bas. Et ce sont, comme depuis le début, les éditions Gallmeister qui se charge de la publication.

 

L’hiver s’est installé, lui qui n’en était encore qu’à ses prémisses dans le roman précédent, Dark Horse. L’hiver s’est installé et le comté d’Absaroka panse ses plaies ; Walt Longmire souffre encore de sa cavalcade deux mois plus tôt, boitant bas, son œil continuant d’être plus récalcitrant à chaque épisode ; et Sancho, le Basque, adjoint du shérif, ne se remet pas de l’agression dont il a été victime quelques mois plus tôt. Le comté panse ses plaies et chacun s’occupe des autres, indispensable quand il s’agit de Longmire, qui sans cela ne se soignerait pas, c’est Ruby, la standardiste, Molosses (Gallmeister, 2014)qui s’y colle ; plus expérimental en ce qui concerne Saizabitoria, le shérif allant jusqu’à lui coller une enquête qu’il crée quasiment de toute pièce autour d’un pouce manquant.

 

Le roman s’ouvre sur un épisode savoureux, faisant penser à la nouvelle parue hors commerce par chez nous, Un vieux truc indien. Un vieil homme se fait soigner dans une ambulance après avoir été trainé par la voiture familiale sur quelques kilomètres. Trainé au bout d’une corde, attachée à cette voiture, pour assurer ses acrobaties sur le toit de la maison lors du ramonage au kérosène (!) indispensable de la cheminée… Malheureusement, celle qui a emprunté la voiture pour quelques courses n’avait pas connaissance de cette technique pour éviter tout accident. Une scène cocasse qui nous rappelle d’entrée où nous sommes et nous réinstalle confortablement dans l’univers imaginé par le romancier. Dans son univers et son style.

Le vieil homme, George Stewart s’occupe d’une casse et de la déchetterie communale, le “site municipal de dépôt, tri et récupération des déchets”, attenante et est en conflit avec son voisin, Ozz Dobbs Jr, promoteur immobilier… Dans le même temps, je le disais plus haut, Longmire doit affronter la dépression de son adjoint basque, ce dernier ayant décidé de retourner du côté de la pénitentiaire. Et Henry Standing Bear prend en main l’organisation du mariage de Cady, la fille du shérif.

C’est une aventurequi apparait comme une respiration dans la série. George “Geo” Stewart, son fils et sa belle-fille, Ozzie Dobbs et sa mère, formant une communauté quelque peu excentrée du comté et un microcosme où semblent se concentrer toutes les figures de relation de voisinage imaginables. Du coup, les allers et retours des flics se concentrent sur ce petit univers… L’épisode apparait comme une respiration dans la série également parce qu’il fait la part plus belle aux répliques bien senties des uns et des autres et à cet humour du shérif qui vous colle le sourire au long de la lecture. Et qui bien souvent possède une certaine profondeur, une humanité philosophe.

La Nation Cheyenne sourit – il avait une tolérance élevée pour les crétins. Forcément, cela faisait deux cents ans qu’ils lui faisaient le même genre de coup.

L’épisode parait plus léger jusqu’à ce que l’action, le suspens, rattrapent les protagonistes et le lecteur. Malgré la tempête de neige qui s’abat sur les environs, les flics se doivent de sortir, rappelant en cela l’épisode d’un an plus tôt lors du premier opus de la série, Little Bird. La neige s’amoncelle et les rebondissements également, frôlant parfois l’excès. Une histoire de trafic vient pimenter l’atmosphère étouffée et endormie du coin et les chiens du titre, les molosses, ceux de la décharge annoncés dans le titre, ajoutent une note originale au tout.

 

Ce n’est peut-être pas un épisode majeur de la série mais sa construction le rend intéressant. En effet, la légèreté agréable avec laquelle Craig Johnson dispose ses pions, amène ses billes comme en passant, laisse petit à petit la place à un enchaînement d’événements conduisant à cette scène finale qui ponctue chacun de ses romans. Une scène finale violente malgré la météo, et prenante.

Ça tombe presque dans tous les coins, l’incapacité de Longmire à trancher rapidement ou sa volonté de ne pas le faire ayant quelques conséquences fâcheuses. Les cicatrices s’ajoutent à celles des épisodes précédents, le doute se fait plus présent.

C’est léger, moins profond peut-être que les précédents, mais une fois la dernière page fermée, on se dit que l’année qui va s’écouler avant la prochaine aventure du shérif Longmire, et les suivantes, pourrait paraître bien longue s’il n’y avait tous ces autres écrivains que nous apprécions également…

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 22:53

Octobre, l’automne a encore des relents d’été finissant dans les Hautes Plaines. Le shérif Longmire revient pour sa cinquième aventure… Il arbore les cicatrices des précédents opus, celle sur l’œil, récoltée alors qu’il enquêtait sur le meurtre de Mari Baroja, celle autour du cou, peut-être un vestige de son combat contre Virgil White Buffalo, et son oreille estropiée d’avoir gelé un an plus tôt. En effet, si l’on se fie à la succession des saisons, une année a passé depuis notre rencontre avec le policier du comté d’Absaroka. Et nous allons vivre quelques jours avec lui, passant de l’été automnal finissant à l’hiver frémissant.

Dark Horse est, comme les précédents romans, raconté par le shérif lui-même. Il vient de paraître aux éditions Gallmeister, quatre ans après sa parution aux Etats-Unis. Son titre n’a pas fait l’objet d’un changement en traversant l’Atlantique, juste la suppression de l’article, et ce choix nous est expliqué avant le début du roman par Sophie Aslanides, la traductrice habituelle de la série. L’expression “dark horse” désigne quelqu’un ou quelque chose aux chances ou aux qualités inattendues, insoupçonnées. Quelque chose ou quelqu’un qui avance masqué.

 

En l’occurrence, et même s’il n’est pas le seul, c’est le cas de Longmire. Il enquête sur une affaire de meurtre qui a amené dans sa prison une femme qu’il croit innocente. Intuition. Une affaire qui s’est déroulée dans un autre comté et Dark Horse (Gallmeister, 2013)qui ne devrait pas l’occuper. Mais la femme est hébergée dans sa prison (échange de bon procédé entre comtés) et il est préoccupé. Une femme, de nouveau, celle-ci s’appelle Mary Barsad. Après Mélissa Little Bird, Mari Baroja, Cady, sa fille, et Ho Thi Paquet, voilà que son intuition et son métier le mènent une nouvelle fois dans les pas d’une femme. Une femme et pas mal d’hommes. Longmire avance masqué puisqu’il enquête dans un comté qui n’est pas le sien. Dans un comté où il se fait passer pour un agent d’assurance. Dans un comté qui va nous permettre de le connaître un peu plus car c’est aussi celui de son enfance. Celui dans lequel le ranch de ses parents se situe.

Longmire avance masqué et se méfie de tout et de tous. Wade Parsad est mort dans l’incendie de son ranch. Incendie qu’il avait peut-être lui-même allumé en commençant par l’écurie abritant les chevaux de sa femme. Mais avant que son corps soit carbonisé, il a reçu six balles. Mortelles dès la première. Sa femme est accusée et Longmire a du mal à y croire. Autant que le shérif du comté de Campbell où s’est produit le crime… Il a, en quelque sorte, appelé son voisin à la rescousse. Longmire arrive à Absalom sous couverture. Il interroge ceux qui auraient pu vouloir la mort de Wade Barsad. Et ils sont nombreux. Ils les interrogent tout en arpentant les environs… Mais être sous couverture, y rester, n’est pas si simple. Surtout quand d’autres avancent également masqués…

 

Craig Johnson nous offre un roman prenant. Comme les précédents. Un roman où nous continuons à savourer les atermoiements de Longmire quant à sa vie personnelle, Cady repartie à Philadelphie, Vic continuant à le troubler plus que de raison, Henry Standing Bear veillant… Un roman construit comme le précédent avec des allers et retours vers le passé. Mais cette fois, il s’agit d’un passé immédiat, nous allons et venons entre le présent et la semaine qui l’a précédé, celle qui a fait mûrir le doute.

Nous arpentons également les environs, d’Absalom à la Powder River, en passant par le ranch des parents du shérif et par la Twentymile Butte, une mesa, contrairement à ce que son nom indique… La nature a la part belle, comme souvent. La nature et ceux qui la peuplent, chevaux, chiens, grand-duc et sturnelles. Les humains aussi sont à l’honneur, un vieux cow-boy, un tenancier de bar, les participants à un tournoi de boxe, des agents du FBI, une guatémaltèque et son fils. Et quelques traditions viennent s’ajouter comme le cutting, le reining et d’autres concours autour des chevaux. Et toujours le pouvoir des armes à feu, leur pouvoir et leur histoire, associé ici, notamment aux “buffalo soldiers”, dont j’avais déjà croisé le nom sans réellement savoir à quoi cela faisait référence.

C’est une nouvelle fois un roman d’une grande richesse, avec son personnage principal qui avance lentement, pour éviter les erreurs, les faux pas. Ce qui le sert dans son boulot et le dessert dans sa vie privée… Cette conscience de l’humanité et de ses imperfections.

 

… plus on a affaire avec la loi, moins on y croit. […] A l’image d’une étrange petite religion particulière, la seule chose qui fait que le système fonctionne est précisément la chose dont il vous prive – la foi.

 

Longmire avance et le roman prend son temps pour atteindre un rythme qui nous tient en haleine, chevauchant malgré nous… comme le shérif. Chevauchant finalement avec plaisir.

 

Un roman pour se souvenir, parce que le souvenir est important.

 

Si personne ne se souvenait de vous, est-ce que vous aviez vraiment été là ?

 

Comme pour les précédents, en refermant ce livre, je me dis qu’il va falloir prendre son mal en patience jusqu’au prochain pour retrouver Walter Longmire, Henry Standing Bear, Cady, Vic, le Chien et tous les autres. Tout cet univers si prégnant.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 16:02

Un an après notre découverte des basques du Wyoming, l’opus suivant des aventures du shérif du comté d’Absaroka débarque. Nous sommes dans la continuité et le comté va subir sa première infidélité. Pour cette fois, ce sera Philadelphie. Kindness goes unpunished en est le titre (d’après une citation du Philadelphia Enquirer proposant une définition pour cette ville arrosée par le Delaware), L’indien blanc dans sa version française.

Quelle est cette gentillesse qui reste impunie ? Et qu’est-ce qu’un indien blanc ?

Pour le savoir, nous partons à la suite de Walt Longmire et d’Henry Standing Bear pour la principale ville de L'indien blanc (Gallmeister, 2007)Pennsylvanie. Un changement d’échelle, nous quittons le comté le moins peuplé de l’état le moins peuplé pour une des plus grandes villes des Etats-Unis. Henry Standing Bear y va pour une conférence sur les photos mennonites qu’il réunissait depuis quelques temps déjà et qui vont faire l’objet d’une exposition. Le shérif en profite pour l’accompagner, voir sa fille, Cady, et, par la même occasion, faire la connaissance de l’avocat avec lequel elle partage plus que le même métier… Alors qu’il arrive en ville et se prépare à s’installer dans la maison de sa fille, celle-ci est agressée et laissée dans le coma. Longmire va faire la connaissance de la famille de Vic, son adjointe, dans ces circonstances. Les Moretti sont flics et vont lui ouvrir les portes de l’enquête. Entre l’hôpital où il veille sa fille et les rues de Philadelphie qu’il longe à la recherche du coupable de l’agression qui l’a laissée sur le carreau, notre shérif va avancer avec cette volonté, cette inertie qu’il est difficile d’arrêter une fois qu’il est lancé.

L’enquête progresse tandis que Cady donne des signes qui pourraient laisser penser qu’elle fait de même.

Drôles de circonstances pour découvrir la vie de sa fille… C’est pourtant ce qui arrive à Longmire. Drôles de circonstances pour faire connaissance avec la famille de cette adjointe qui le trouble tant… Pour mener une enquête, il faut fouiller dans la vie de la victime et Longmire se demande la place qu’il a dans celle de sa fille. C’est une enquête qui touche à l’intime, qui véhicule tellement d’émotions qu’il lui faut toutes ses capacités pour la mener à bien.

Les questions qui se posent en ouvrant le livre finissent par trouver une réponse ou les mots de Johnson nous aident à en trouver une, à cheminer vers ce qui pourrait en être une. Et, comme nous, Philadelphie sera un peu chamboulée après le passage du shérif et de la Nation Cheyenne.

Une nouvelle fois, Craig Johnson nous touche. Il nous apporte son lot d’émotions et nous prouve que son style, son rythme, s’adaptent également à un univers urbain. Les relations entre les personnages s’enrichissent et le personnage central s’affirme encore et toujours comme profondément humain, d’une sensibilité tout en nuance, pudique.

 

Toujours à une cadence annuelle arrive l’opus suivant. Nous sommes en 2008 dans le Wyoming et les états environnants, en 2012 par chez nous.

Cette fois, c’est le passé de notre shérif narrateur qui ressurgit. Another man’s mocassins devient, en France, Enfants de poussière. Le titre anglais fait allusion à une prière indienne qui supplie le Grand Esprit de nous garder de critiquer un autre homme tant qu’on n’a pas marché une heure dans ses chaussures. En français, il reprend l’un des éléments de l’intrigue, un élément important… Un élément qui rappelle des heures sombres à Longmire, des heures sombres pour son pays. Cette guerre du Viet Nam dans laquelle Henry et lui ont combattu.

La construction du livre est différente des précédents. Pour revenir dans le passé, nous lisons ce qui pourrait être le journal du soldat Longmire. De celui qui était déjà enquêteur dans les marines, on ne peut pas échapper à son destin. Et nous alternons entre le passé et le présent. Le passé autour d’une enquête que Walt Longmire a déjà évoquée dans un opus précédent, le présent autour d’une enquête qui voit revenir les souvenirs. Le présent qui voit, encoreEnfants de poussière (Gallmeister, 2008) et toujours, l’entourage de Walt avancer, évoluer, changer avec le temps, à la manière de Cady qui retrouve petit à petit une autonomie…

C’est un sujet délicat qu’aborde Craig Johnson, un sujet politique, qui touche à un pan sensible de l’histoire de son pays. Un pan récent, dont les conséquences se font sentir maintenant encore. Un sujet qui lui permet de pointer du doigt les côtés pervers que peuvent avoir certaines lois, a priori pétries de bonnes intentions, et dont l’homme peut s’emparer pour en tirer profit… L’homme, cet animal égoïste, centré sur lui et sans scrupule.

Walt Longmire, avec ses doutes, sa difficulté à prendre en main sa vie personnelle, rassure et peut nous laisser penser que tout n’est pas pourri. Et tous ces gens qui l’entourent, qui le soutiennent, pour qu’il puisse avancer, mener à bien son combat. Cette lutte contre un mal qui peut elle-même entraîner des souffrances. Des dommages collatéraux.

Après ces européens immigrés en Amérique, voulant prendre la place des autochtones, après ces autres européens que l’on a fait venir pour leurs capacités à élever un bétail que les premiers immigrants ne connaissaient pas. Après ces communautés forcées de cohabiter après s’être combattues, une nouvelle vague arrive d’Asie, d’un endroit que les états-uniens n’ont pas épargné. Ces souffrances que nous décrit Craig Johnson avec tact, dont il nous décrit les conséquences, pourraient presque devenir les nôtres. Mais elles ne le seront jamais vraiment tant que nous n’aurons pas enfilé les chaussures des autres, tant que nous n’aurons pas marché avec pendant suffisamment longtemps.

 

Nous en sommes là, pour l’instant, des aventures de ce shérif dans son comté d’Absaroka. Nous en sommes là de ce côté-ci de l’Atlantique quand par delà l’océan, le nombre d’opus se monte à huit…

Que le suivant arrive vite ! Et si le délai d’un an entre chaque parution n’est pas respecté, s’il est réduit, nous ne nous en plaindrons pas.

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 18:27

C’est en 2005 pour les états-uniens, en 2009 pour nous, de ce côté-ci de l’Atlantique et lisant dans la langue de Molière, que Craig Johnson nous lance à la suite de son sheriff récurrent, Walter Longmire. Le premier volet des aventures du policier s’intitule Little Bird en français et The Cold Dish dans la langue de Shakespeare. Le titre en version originale fait référence à une citation de Choderlos de Laclos disant que “la vengeance est un plat qui se mange froid”. Nous sommes déjà dans l’état d’esprit qui prime dans ce premier opus… Un état d’esprit au milieu d’un paysage grandiose. A couper le souffle et que la plume de Johnson rend palpable. Car c’est un roman noir au pays de ce qu’on appelle le “Nature Writing” que nous offre l’écrivain. Quant au titre “français”, il évoque le personnage central de l’histoire.

Little Bird (Gallmeister, 2005)Mélissa Little Bird a été victime d’un viol quatre ans plus tôt. Un viol qui a débouché sur des condamnations légères pour ses agresseurs, condamnations qui leur ont permis d’être libres très vite… Cela pèse dans l’esprit du sheriff du comté d’Absaroka au Wyoming. Un comté fictif mais si proche de la réalité. Le comté le moins peuplé de l’état le moins peuplé des Etats-Unis. Cela pèse dans son esprit, le hante, et se rappelle à lui, si besoin en était, lorsque l’un des agresseurs est retrouvé mort. Une balle dans le dos qui ne pouvait qu’être tirée volontairement. Et voilà une affaire dont Walt Longmire se passerait bien. Il s’en passerait bien car il ne peut laisser faire… quand il a bien d’autres chats à fouetter, quand il a bien d’autres choses qui le préoccupent… Notamment cette mélancolie qui le tient au bord de la dépression.

La vérité n’est pas simple, plusieurs personnes pourraient endosser le titre de suspect idéal, numéro un. Découvrir la vérité prend du temps. Un temps qui épouse le rythme de la narration. Le rythme des pensées du policier. Quand un deuxième agresseur est trouvé dans le même état que le premier, le temps se fait pressant. Et Walt Longmire continue à se démener au milieu de ses femmes, Ruby, la standardiste et grande ordonnatrice de son emploi du temps, Dorothy, patronne du Busy Bee et Vic, son adjointe (celle de Walt). Au côté de son meilleur ami, Henry Standing Bear, qui pourrait avoir eu envie de venger Mélissa Little Bird…

C’est un roman singulier que ce premier opus de la série, ou plutôt un univers singulier qui entre chez nous. On connait les Bighorn Mountains grâce à d’autres écrivains, C.J. Box par exemple, mais c’est une musique particulière que nous fait entendre Craig Johnson. Une musique particulière pour un endroit particulier. Un endroit dont il nous décrit la vie, les membres, de manière si parlante, si touchante. Un univers emprunt d’une grande humanité et un sheriff d’une grande sensibilité, agissant, enquêtant presque malgré lui, presque à contre-chœur.

Il ressasse sa vie, la mort de sa femme quelques années plus tôt, le départ de sa fille, et nous le suivons essayant d’avoir une vie sociale, une vie en dehors de son métier…

C’est un roman qui touche et qui nous présente une communauté sur les contreforts des Rocheuses, une communauté riche de cultures différentes et cohabitant au mieux. Un équilibre pas toujours simple pour les individus, pas toujours simple pour Longmire, dans cette communauté où les différentes cultures finissent par s’imbriquer, s’apprivoiser. Un livre qui nous rappelle que la violence faite aux femmes reste un fléau où que l’on soit.

 

Un an plus tard paraît le deuxième volet des aventures du sheriff du comté d’Absaroka. Du côté des Rocheuses, il s’intitule Death without company, de ce côté-ci, entre les Alpes et les Pyrénées, c’est Le camp des morts. Il est une nouvelle fois édité par Gallmeister et traduit par Sophie Aslanides. Ils méritent d’être cités.

Le titre anglais fait référence à un proverbe basque. Eh oui ! Un proverbe basque. De ces indiens des Pyrénées comme les appelle un personnage à un moment de l’histoire. Un proverbe basque qui vous prévient que si vous vivez sans ami, votre mort sera solitaire. Un proverbe, basque comme l’un des postulants, le plus en vue, au nouveau poste d’adjoint pour lequel le sheriff recrute. Basque comme la victime d’un meurtre qui n’en est peut-être pas un. Un meurtre dénoncé par Lucian Connally, le prédécesseur de Longmire à la tête de la police du comté d’Absaroka et son partenaire hebdomadaire d’échec.

Nous sommes quelques jours après la fin du précédent roman. Walt Longmire ne s’est pas encore remis de l’issue Le camps des morts (Gallmeister, 2006)de son enquête précédente… Mais il va bien devoir s’en remettre, ne serait-ce que pour tous ceux qui l’entourent, tous ceux qui le poussent à remonter la pente. Il va devoir s’en remettre pour mener une enquête sur une mort qui a toutes les apparences d’une mort naturelle… Et c’est la vie de l’ancien sheriff qui va remonter à la surface. L’exploration d’une communauté qui peuple le petit coin de terre où sévit Longmire nous est offerte.

L’univers de Craig Johnson s’enrichit. Rien n’y est facile et les apparences ne suffisent pas, il faut les démonter, s’en défaire. C’est ce à quoi va devoir s’astreindre notre narrateur et personnage central de la série. Tout en cherchant à retrouver un certain équilibre, à reprendre pied. A investir autant sa vie personnelle que sa vie professionnelle. Pas simple. Mais, encore une fois, ceux qui l’entourent vont l’aider… Parmi eux, une nouvelle venue, seulement entendue au téléphone jusque là, Cady, sa fille avocate à Philadelphie.

Les intérêts en jeu dans cette histoire sont également financiers, il faudra toute la volonté de Longmire pour garder les reines de l’histoire.

Craig Johnson confirme son talent et sa capacité à raconter, conter une histoire. Un rythme qui lui est propre, loin de l’emballement et du galop de certains thrillers, il mène sa barque, s’attarde et nous captive en décrivant toute l’humanité de ses personnages, leurs qualités et leurs défauts. Avec l’ampleur que prend la série, on est sûr (et pas seulement parce que l’on sait qu’à ce jour, elle compte huit opus de l’autre côté de l’Atlantique) qu’elle nous emmènera loin.

 

A suivre, donc, au plus près de ce sheriff récurrent.

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 21:42

Je n’ai pas rencontré personnellement, en chair et en os, Craig Johnson. Etant donné ce que j’en ai dit précédemment, sur sa présence en France presqu’aussi importante que celle en ligne, cela pourrait ressembler à de la mauvaise volonté. Mais je ne désespère pas… et puis, ce sont avant tout ses livres que j’apprécie, même si je le soupçonne, quelque part, d’être un peu comme ses livres.

Je n’ai pas rencontré personnellement Craig Johnson mais comme nous l’avons constaté, il n’est pas difficile de le rencontrer virtuellement. Et de rencontrer ses œuvres. Comme pour d’autres (DOA, Murakami, Marcus Malte ou encore Edgar Allan Poe), il m’aura fallu du temps pour ouvrir un de ses bouquins…

Je savais pourtant pertinemment qu’ils me plairaient, les avis donnés m’en avaient persuadé. Je pense notamment à ceux des fondus dont j’ai évoqué l’association un peu plus haut. Mais j’ai attendu. Et malgré l’attente et la non-lecture, il m’est devenu familier et j’ai ouvert ses livres comme si c’était une évidence. Bien évidemment, ça m’a plu.

 

J’avais aussi bien aimé, avec toute la relativité qu’il faut y mettre, l’émission de François Busnel dans laquelle il était apparu, ces carnets de route à travers les USA. On y rencontrait l’écrivain dans son environnement habituel… Taltan a compilé l’intégralité de cette émission sur son blog.

J’avais bien aimé cette émission (rien d’original dans les propos de l’écrivain si l’on a lu l’un des entretiens qu’il a accordés ici ou là) comme un écho, une confirmation de ce que l’on peut lire d’une des présentations du bonhomme les plus complètes que j’ai lu en préambule de l’une des nouvelles publiées gratuitement par les éditions Gallmeister.

Il a grandi dans une ville du Midwest, a fait une fugue à 8 ans, aux alentours des années 70, rappelant ainsi le jeune héro de Reif Larsen, T.S. Spivet. Il a pratiqué plusieurs métiers après ses études, un doctorat en études dramatiques, et a vadrouillé ainsi à travers son pays. Il est désormais installé dans le Wyoming, au pied des Bighorn Mountains, près de Ucross, 25 habitants.

Et c’est là qu’il a commis et commet encore les opus de la série narrée par Walt Longmire, sheriff du comté d’Absaroka.

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 12:03

On ne peut pas dire que le Wyoming soit la porte d’à côté… et pourtant, des écrivains comme Craig Johnson nous en rapprochent sérieusement. Et la Toile ne nous tient jamais vraiment éloignés de ces auteurs venus d’ailleurs. Craig Johnson n’échappe pas à la règle. Il en échappe d’autant moins que c’est un romancier qui aime venir dans notre coin de la planète. Et qu’il est édité par une maison d’édition qui semble au petit soin avec ses auteurs, non pas que les autres ne le soient pas mais celle-ci semble plaire à ceux qui ont eu l’heur d’être choisis.

 

Craig Johnson est venu dans notre bon pays plusieurs fois, et notamment à l’occasion d’une résidence, dans le bordelais. Stéphanie Benson l’a rencontré à cette occasion et l’entretien qui en a résulté est à lire sur écla, le portail aquitain des professionnels de l’écrit, de l’image et de la musique. Quand deux écrivains se rencontrent…

Johnson a également été l’invité de Quai du polar et, à ce titre, fait l’objet d’une courte fiche descriptive sur leur site.

Lors de ses périples, le romancier est également passé par Calvisson et sa célèbre librairie, Le soleil vert, sa journée nous est décrite en image sur le site de la librairie.

En 2010, Craig Johnson a obtenu le Prix du roman noir et a, à l’occasion, rencontré Grégoire Leménager. L’entretien, traduit par son éditeur himself, est en ligne sur Bibliobs et nous donne l’occasion d’en savoir toujours plus sur cet auteur.

Si votre curiosité n’est pas rassasiée, vous pouvez aller voir du côté des éditions Gallmeister où il fait l’objet d’une courte présentation sur la page consacrée aux auteurs de la maison. Vous pourrez également trouver la présentation de ses bouquins. Un site officiel existe également, si vous souhaitez des nouvelles des dernières publications en version originale, de la série télévisée tirée des aventures de Walt Longmire ou vous acheter une casquette ou une tasse du comté d’Absaroka…

 

Pour en finir avec ce tour d’horizon en ligne, il ne faut pas rater deux autres étapes de l’écrivain de ce côté-ci de l’Atlantique.

Il est passé par Nantes, et les fondus de l’association du même nom (ou presque) n’ont pas manqué l’occasion de le rencontrer, deux entretiens en sont sortis, l’un sur leur site, l’autre sur celui du DJ Duclock.

Il est également passé par Toulouse où il a eu les honneurs d’une rencontre avec Jean-Marc Laherrère (ou est-ce le contraire ?), comme d’autres avant lui, Ellroy par exemple, que la bibliothèque de la ville rose propose de revoir.

 

Pour en finir, pour l’instant, et si vous voulez vous familiariser avec la prose du monsieur, sachez que son éditeur a offert la traduction de deux nouvelles dont Craig Johnson a fait cadeau à ses lecteurs états-uniens. Actualitté nous propose le lien vers la première d’entre elles, Un vieux truc indien, et Livres connections vers la deuxième, L’incendiaire.

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