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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 16:09

Avec ses deux romans suivants, entrecoupés par une récréation, Malte resserre la focale. Il resserre son histoire sur deux personnages et sa fiction se déroule sous leurs yeux.

 

Carnage, constellation poursuit l’œuvre de l’écrivain sur le même rythme qu’avant, un roman par an. Il paraît au Fleuve Noir en 1998.

Avec celui-ci, un cap est franchi. Ce que l’on avait entrevu, notamment avec le précédent, Le lac des singes, se confirme, Malte évolue à la marge. Il poursuit des personnages qui gravitent à la limite. A la limite de notre société. Comme nous le voudrions tous plus ou moins, mais ceux-ci en sont des archétypes. Malte les poursuit en les suivant Carnage, constellation (Fleuve Noir, 1998)au gré d’une intrigue resserrée sur eux. Contrairement à ses deux premiers livres, les personnages ne gravitent plus autour d’une intrigue comme dans la plupart des romans que nous ouvrons mais c’est bien une intrigue autour de personnages. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre mais c’est la sensation que m’a donné la lecture de ce roman… Elle s’est confirmé ensuite. Nous suivons des personnages et leur trajectoire.

Cette évolution est marquée également par ce choix de prendre des individus en marge. Au risque de nous proposer des sujets sur le fil. A la limite du casse-gueule. Jugez plutôt.

Nous avons d’un côté Césaria. Orphelin à 14 ans, il a choisi (mais était-ce un choix ?) de vivre sa vie autrement. De changer, de devenir Césaria. Ça ne s’est pas fait en un jour. Elle a d’abord croisé Casper avant de réussir à vivre seule, à s’auto-suffire. Césaria se prostitue et en vit. De l’autre côté, il y a Clovis, qui sort tout juste de prison et a une revanche à prendre, une vengeance à assouvir…

Des personnages à la limite. En marge. A la limite de la caricature, aussi. Marcus malte les rend vivant, ne tombe jamais dans l’exagération, dans le bien pensant. Il veut voir vivre ses personnages et c’est ce qu’ils font, sous nos yeux.

La trajectoire de ces deux-là va se croiser, se confondre. Fusionner. Sans perdre d’élan… Tout en ne devenant qu’une et prenant la force que ça peut donner, elle fonce inéluctablement vers son explosion.

C’est un roman cru, un roman fort qu’a écrit Marcus Malte, même si la fin m’a moins emporté. Même si quelques à-côtés m’ont moins plu, comme cette araignée qui parasite parfois la progression de l’intrigue. Un roman tragique, heureux jusqu’au malheur ultime. Un roman qui embarque ses personnages et ceux qu’ils croisent vers une fin sombre, sanglante.

Un roman à l’univers plus personnel, moins convenu que les précédents. Si tant est qu’ils étaient convenus. Un roman au style plus affirmé, plus poétique.

 

Après ses années Fleuve Noir, Malte va voir ailleurs. Il s’offre une récréation en faisant étape chez Baleine. Le vrai con maltais paraît en 1999 et constitue une aventure de la série du Poulpe. C’est un roman clin d’œil à toute une imagerie du polar.

Un roman clin d’œil qui s’offre quelques invités prestigieux dans les seconds rôles, Hammett, Malet, Burma, Bogart et les chevaliers de l’ordre de… Malte ! C’est une respiration dans l’œuvre de l’écrivain, une respiration qui affirme son Le vrai con maltais (Baleine, 1999)humour, son amour des certains anciens, de certaines fictions devenues légendes pour les afficionados.

Ça commence chez un milliardaire ou au moins multimillionaire, ça continue à Paris en étant passé par Hollywood, et ça embarque le Poulpe au passage. Pourtant Gabriel Lecouvreur n’aspire qu’au repos, à un repos bien mérité dans les bras de sa Cheryl de coiffeuse. Mais, c’est sans compter sur sa manie d’attirer les histoires les plus rocambolesques.

Le faucon de Malte, celui de Hammett, refait surface et va provoquer quelques morts violentes, quelques poursuites et luttes entre bons et méchants. Le poulpe n’en croit pas ses yeux quand il croise les personnages évoqués plus hauts et nous prenons plaisir à cette histoire invraisemblable et, au final, joyeuse.

 

Après son escale chez Baleine, Malte s’installe du côté des éditions Zulma. C’est en 2001 qu’est publié Et tous les autres crèveront. C’est de nouveau un roman noir mais d’une noirceur différente. Un roman qui s’attache à deux personnages aux trajectoires parallèles et sécantes.

Les points de vue alternent dans ce roman, point de vue de Tony et de Sylvie. Points de vue au présent et retour sur le passé, de chacun, alternativement aussi. On suit l’intrigue tout en comprenant petit à petit comment tout en est arrivé là.

Et tous les autres crèveront (Zulma, 2001Ça commence violemment et ça se poursuit au long de la trajectoire de chacun. Des histoires de vie qui pourraient paraître simples, classiques et qui se révèlent sordides par moment, heureuses à d’autres… Oui, finalement, des histoires classiques car pas si éloignés des nôtres, même si les deux individus choisis sont une nouvelle fois en marge. Par choix ou non. Ce sont des individus aux prises avec leur malaise, leur inadaptation à la société, à son évolution, à son inhumanité. Des personnages si humains…

Et tous les autres crèveront est un roman simple, sans fioritures. Un roman d’une grande profondeur, un roman qui prend, qui touche, sans que tout soit expliqué… Sans que les trajectoires qui avaient commencé avant ne s’achèvent avec la lecture. Ça peut être frustrant pour certains mais, pour d’autres, comme moi, se dire qu’on a suivi un temps le chemin des deux protagonistes, qu’on les a accompagnés, peut être suffisant.

Le style de Marcus Malte est une fois de plus à la hauteur, un style singulier, proche du réel. Précis, simple et poétique… Un style qui vous pousse à le lire encore

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Published by Jérôme Jukal - dans Malte Marcus
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commentaires

Oncle Paul 27/07/2012 17:01

Bonjour
Je professe à l'encontre de Marcus Malte une amitié littéraire très prononcée, et j'ai publié plusieurs chroniques de ses ouvrages sur mon ancien blog (Mystère jazz) et sur celui que je dirige
actuellement. J'ai également écrit un portrait de Marcus Malte que vous pouvez retrouver sur
http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/
si cela vous intéresse, naturellement.
Amicalement

Jérôme Jukal 27/07/2012 22:58



Bonjour Oncle Paul,


J'ai cité ce portrait dans un article précédent, celui qui faisait le tour du net et s'intitule Marcus Malte en ligne. Il n'y a qu'à cliquer pour aller voir. Mais je l'ai cité sur le
site l'ours Polar et sans en préciser l'auteur... Rendons donc à César ce qui lui appartient et à Paul Maugendre aussi. Pour lire le portrait sur le site de l'Oncle Paul, c'est ici.


Merci en tout cas. Je suis flatté de vous compter parmi les lecteurs du blog ! Et Marcus Malte est effectivement un auteur qui vaut plus d'une chronique.


Amicalement.



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