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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 14:08

Nous sommes en 1998, quatre ans ont passé depuis l’arrivée de Patrick Kenzie et Angela Gennaro dans le roman noir. Quatre ans et ils continuent à morfler, encore et toujours.

 

Après la récréation que pouvait représenter Sacré, l’opus précédent, Lehane nous replonge dans la noirceur la plus totale. Avec Gone, baby, gone, il nous montre un certain visage de notre monde pas vraiment reluisant et, encore une fois, c’est l’enfance, l’innocence qui trinque… Elle trinque de bien des manières et Lehane s’attache à nous montrer, à nous décrire, ces différentes manières.

Gone, baby, gone (1998)Une petite fille a disparu, Amanda, elle a disparu et Kenzie et Gennaro vont d’abord se pencher sur la mère et se trouver face à une dure réalité. Une mère absente, ailleurs, qui s’évade pour fuir la violence du monde, sans doute, mais une mère qui, du coup, renonce à son rôle. C’est un mur auquel se cognent nos héros.

Ils explorent ensuite un autre pan de la société, un remède proposé aux faibles pour s’évader, un remède et ses sombres trafics. Encore une fois, ça n’a rien de glorieux mais c’est le monde dans lequel nous vivons qui a accouché de telles réalités.

Lehane nous les donnent à voir, provoquant presque notre nausée, à nous qui nous réfugions derrière l’excuse qu’il s’agit d’une fiction pour la prendre d’un peu plus loin… mais rien n’est simple, les combats sont nombreux. Et celui de Lehane et de Kenzie et Gennaro se poursuit, plein de contradictions, d’hésitations, de doutes et de luttes… Le combat que constitue cette recherche d’une enfant disparue va les amener loin. Loin dans leurs questionnements personnels, loin dans leur lutte sans fin, loin dans leur parcours du monde et de ses horreurs car ce que nous venons d’évoquer n’est qu’un apéritif… Ils seront confrontés contre leur volonté au constat, dont ils avaient conscience mais qu’ils n’avaient pas vraiment affronté, qu’on ne peut pas sauver le monde. Qu’il n’y aura jamais de bonne solution. Jamais de solution. Et que cela peut détruire.

Kenzie et Gennaro ne sont pas indestructibles.

 

Dans le cinquième opus de la série, Kenzie et Gennaro paient encore les conséquences de leur aventure précédente. Nous sommes en 1999 et c’est Prières pour la pluie (Prayers for the rain). L’aventure sera plus légère (quoi que, tout est relatif), moins destructrice mais était-ce possible avec le sommet atteint par Gone, baby, gone ? Sommet s’élevant au niveau des deux premiers romans et au sujet tellement proche bien qu’abordé de manière radicalement différente… Lehane creuse le même sillon, mais il nous en offre une vision nouvelle à chaque fois, un angle d’attaque changeant qui donne toute sa richesse à son œuvre.

Kenzie se lance seul dans une enquête, il se lance seul parce qu’il éprouve des remords ou des regrets. Une Prières pour la pluie (Prayers for rain, 1999)ancienne cliente se suicide et il pense qu’il aurait pu en faire plus pour elle. L’un des personnages secondaires des intrigues précédentes, Bubba va prendre une autre dimension, Lehane l’amène presque au niveau de son duo toujours aussi indécis et jusqu’au-boutiste.

Comme une conclusion à la série des Kenzie-Gennaro, ce roman nous amène à comprendre pourquoi Lehane veut passer à autre chose, il a arpenté ses obsessions avec eux, il a fouillé ses doutes, son dégoût pour la violence subie par les enfants dans notre monde, dans notre société… dans notre civilisation. Il les a arpentés et nous offre dans un dernier souffle cette sorte de conclusion.

Conclusion d’une série d’un très haut niveau, stylistique et psychologique (je n’ai pas trouvé d’autre mot pour le dire). Des personnages d’une profondeur admirable. Cette série hisse haut le niveau du roman noir contemporain et nous est offerte par un écrivain remarquable…

Un écrivain qui ne pourra pas vraiment se détacher de ses deux héros, au point d’y revenir onze ans plus tard, tentant d’offrir une nouvelle étape à leur parcours… J’en reparlerais mais, pour l’heure, à l’aube d’un nouveau millénaire, il est temps pour Lehane de se frotter à autre chose, d’affronter d’autres aspects de la littérature, d’aller plus loin et de nous offrir encore d’autres romans savoureux.

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Published by Jérôme Jukal - dans Lehane Dennis
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