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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 20:49

Après avoir démontré dans le premier opus de la trilogie sur les bas-fonds de son pays que ce dernier avait déjà perdu son innocence avant l’assassinat de Kennedy, Ellroy poursuit son entreprise de démythification. Il explore les années 60 de la fin d’un Kennedy à la fin d’un autre Kennedy.

 

American Death Trip (The cold six thousand) parait en 2001, six ans après le précédent. Un nouveau trio est à l’œuvre, nouveau trio composé en partie d’anciens. Le lien entre les deux opus se situe d’abord là. La création d’un univers, d’un monde peuplé de personnages désormais incontournables dans l’œuvre du romancier, se retrouvant d’un livre à l’autre, enrichissant une galerie déjà particulièrement étoffée. L’univers d’Ellroy, si prenant, si particulier, s’affirme, prend forme dans l’esprit même de son créateur, comme s’il l’assumait, en faisait une nouvelle force.

Pete Bondurant et Ward J. Littell sont toujours là, poursuivant leurs basses besognes. Leur travail de désinformation, de manipulation et plus si nécessaire. Ils sont rejoints par un troisième personnage, Wayne Tedrow Junior. Ce dernier vole vers Vegas avec un contrat en poche… Un contrat et six mille dollars, les fameux six thousand du titre original…

Nous poursuivons notre parcours dans les Etats-Unis des années soixante. Nous reprenons l’histoire là où l’opus précédent s’était arrêté. Nous sommes au lendemain du 22 novembre 1963. Au lendemain de ce choc qui a révélé à toute une nation qu’elle avait perdu son innocence depuis longtemps et qu’il ne American Death Trip (The cold six thousand, 2001)fallait plus se le cacher. Sauf que beaucoup ont intérêt à cacher la vérité, à se complaire dans une nouvelle légende. Une nouvelle fiction.

Après s’être inspiré de Don DeLillo et de son Libra pour nous raconter sa vision de son pays avant la fin prématurée de Kennedy, Ellroy poursuit son épopée jusqu’à d’autres coups de feu qui ont résonné longtemps dans la mémoire collective, ceux tirés contre un autre Kennedy en 1968. Bobby après John. Coups de feu qui ont résonné quelques semaines après ceux tirés contre une autre icône des années 60, Martin Luther King. Ellroy poursuit sa vision cauchemardesque d’un pays qui s’enfonce. Un roman noir à l’échelle d’un pays, un roman états-unien parce que paranoïaque, cinglé. Un roman qui vous prend et vous emporte, vous bouscule, vous donne une vision si différente des livres d’histoire ou des documentaires que l’on nous sert par pelletée sur cette époque désormais historique.

Les complots, les magouilles, se succèdent, les personnages réels et fictifs se croisent, correspondent. Certains se font de plus en plus présent, Howard Hugues, J. Edgar Hoover, notamment. Ils sont les représentants de leur époque, des figures résumant à elles seules un pays, une façon de voir le monde, de voir la société, ses individus… Des satellites indispensables au pouvoir, ou dont les représentants du pouvoir sont les indispensables satellites. Ils sont au cœur d’une reconstruction, d’une évolution de la structuration de l’économie souterraine, celle basée sur les trafics divers et qui veut s’acheter une devanture respectable lui permettant ultérieurement de s’étendre vers le sud, le centre du continent… Ça conspire, ça ne s’embarrasse pas de morale, ça trahit à tout va et cela sous les yeux et l’aval de ceux qui devraient représenter l’ordre… Mais où est l’ordre ?

 

Décidément, Ellroy veut remettre les choses à leur place, redonner aux événements leur véritable signification, donner son interprétation. Que sa mythologie, ses mensonges, remplacent ceux d’une nation, la sienne. Il le fait avec ce style qui emporte, qui force à se concentrer, qui pousse à ne pas perdre une miette de la fiction qu’il propose, de ce travail de réécriture en profondeur. C’est une nouvelle fois dense, captivant, effrayant, nauséabond, et pourtant on s’accroche, on ne veut pas lâcher… Ou certains lâchent peut-être rapidement, car il faut accepter la folie d’un romancier, son exigence.

En deux romans, Ellroy est allé très loin pour remettre en cause certains événements sur lesquels s’appuie encore son pays pour expliquer ce qu’il est devenu. Il est allé très loin pour les démonter. Il va aller encore plus loin dans le troisième volet de la trilogie en remettant même en cause son propre personnage, cet univers qu’il a créé, cette structure narrative dans laquelle il s’est complu… Mais c’est pour plus tard. Bientôt.

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Published by Jérôme Jukal - dans Ellroy James
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