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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 22:09

Après deux romans qui marquent dans son œuvre, Ellroy poursuit son exploration de sa ville et de ses relents les plus nauséabonds. La police de la cité en est un résumé frappant, recélant tous les vices, tous les plus sombres desseins.

 

Le troisième opus du quartet paraît en 1990, l’année suivant le précédent, et s’intitule L.A. Confidential, dans la langue de Molière comme dans celle de Shakespeare. Il reprend la construction du Grand Nulle Part avec ses trois protagonistes principaux. Trois protagonistes ayant des ambitions, des motivations, qui remontent du passé, qui les hantent. Ayant des comptes à régler avec eux-mêmes…

Il y a Bud White (le même patronyme que chez Cimino), flic violent, s’acharnant à protéger les femmes, victimes éternelles, comme sa mère… Un passé que l’on a déjà croisé. Un passé que l’auteur ressasse. Il y a Jack Vincennes, L.A. Confidential (1990)dit “la Poubelle”, flic frayant avec les feuilles de choux à scandales qui font les beaux jours d’une certaine presse et qui émaillent de leurs articles le roman. Il y a Ed Exley, flic héritier d’une réussite familiale à laquelle il a du mal à se mesurer, à laquelle il veut se mesurer… Il y a ces trois flics que tout oppose, ces trois flics minés de l’intérieur, et des affaires de pornographie, de trafics, et de meurtres qui en rappellent d’autres.

Le passé hante le présent, il le pollue. Il pollue les enquêtes, détruit à petit feu la ville, cité aux anges bien ravagés, il pollue les esprits. Nous plongeons une nouvelle fois dans des âmes prises entre le bien et le mal, ces notions si floues, si proches. Nous plongeons une fois de plus dans ces rues où il ne fait pas bon vivre du Los Angeles des années cinquante.

Il y a des réminiscences pour les personnages, les affaires, mais aussi pour nous et l’œuvre d’Ellroy, nous croisons des situations étrangement similaires à d’autres, des femmes, des organisations qui pourraient rappeler Le Dahlia Noir avec ces prostituées aux visages célèbres… Nous croisons ce qui hante l’œuvre d’Ellroy et sûrement son esprit. Nous retrouvons également quelques personnages, Buzz Meeks et ce qui constitue la conclusion de l’opus du précédent roman, Ellis Loew et Dudley Smith comme de bien entendu.

Ellroy mêle les points de vue, les enquêtes, les retours en arrière. Il les entremêle et les ponctue de ce qui constitue l’une de ses marques de fabrique, les extraits de textes tirés de la presse de l’époque… Il nous concocte un roman prenant de son style qui s’affirme pleinement, une écriture hachée, un rythme de mitraillette, qui force l’attention, qui force à se plonger corps et âme dans ces pages d’une noirceur effrayante. Qui force sans nous perdre…

C’est un roman marquant. Parce qu’il confirme cette construction que le romancier adopte, ces trois personnages, ces différents supports et styles d’écriture. C’est un roman marquant parce qu’il confirme tout le talent de son auteur…

 

Un an plus tard, Ellroy pousse le bouchon, l’exigence, un cran plus loin. White Jazz poursuit l’évolution du style de l’écrivain, pousse ce rythme, cette écriture, très loin, dans leurs derniers retranchements. Et il faut s’accrocher. Il faut faire l’effort, un effort encore plus grand pour suivre Ed Exley, Dudley Smith et le narrateur, David Klein, lieutenant de police de son état. La lutte des pouvoirs s’imbrique dans les affaires, vol de fourrures, cambriolage chez des trafiquants de drogue et meurtre à répétition de clochards… Les répétitions sont légion, les scènes semblent se White Jazz (1991)reproduire à l’infinie… Le style emporte tout, nous, lecteurs, les premiers. Ellroy va très loin, se contentant de flashs, d’éclairs, pour décrire une scène, éclairant là, ici, et nous chargeant de relier le tout.

C’est un gros effort qui, pour moi, a atteint ses limites. Quand on aime un écrivain, on est prêt à le suivre n’importe où ou presque. On est prêt à accepter beaucoup de choses, à ne pas compter ses efforts pour savourer une nouvelle fois la profondeur de ses observations, la noirceur de sa vision. Mais là, je n’ai pas pu. Relire sans cesse certains passages, reprendre la lecture en ne sachant plus ce qu’il y avait juste avant parce que rien ne nous permet de nous y recoller et que le retour en arrière nous perd encore plus… Trop, trop de tout ça.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas fini White Jazz. J’ai fini par y renoncer pour feuilleter d’autres pages moins épuisantes, moins déroutantes et prenant un peu plus soin du lecteur. J’en avais besoin…

 

Mais l’œuvre du romancier s’est poursuivie. Le quartet achevé, il s’est lancé dans une autre série et j’ai pu recoller, y revenir, avec plaisir. Ellroy n’en avait pas fini avec moi et je n’avais pas fini de l’apprécier…

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Published by Jérôme Jukal - dans Ellroy James
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commentaires

Tororo 12/05/2012 05:57

La jubilation avec laquelle Ellroy dans ses romans précédents pastichait le style "feuille de chou" (tout en insinuations, en perfidies, en répétitions enfonceuses de clous), dans les citations du
fictif "Hush-hush Magazine" dont il parsemait ses chapitres, semble avoir laissé place à une sorte de délectation morose à reprendre des procédés similaires dans White Jazz mais sans second
degré... ce second degré lui servait-il de garde-fou? En tous cas j'ai l'impression que peu nombreux sont les lecteurs, même les plus accros, qui n'ont pas "calé" à un moment ou à un autre devant
White Jazz!

Jérôme Jukal 12/05/2012 14:03



Il est vrai que l'on sent peut-être une certaine résignation dans le dernier opus du quatuor. Comme si l'envie de se battre, d'envoyer les coups, de percuter, n'était plus là. Ou moins présente.
Comme une absence de second degré ou une plus grande difficulté à y accéder.


Je sais que je ne suis pas le seul à avoir calé sur White Jazz mais ça ne me réjoui pas pour autant. Comme si j'avais abandonné trop facilement. J'y reviendrai sûrement, un jour. Et
j'en reparlerai alors. J'aurai en tête que la jubilation n'est plus la même...



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