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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 15:41

 

Hugues Pagan est né en 1947, donc. Après des études de philosophie, il devient enseignant puis entre dans la police. C’est alors qu’il exerce dans cette administration qu’il commet son premier roman.

 

En six ans, Pagan va publier pas moins de sept romans. Des romans qui seront d’abord publiés dans la collection Fleuve Noir puis chez Albin Michel et enfin Rivages.

 

En 1982 paraît le premier de ses romans, La mort dans une voiture solitaire dans la collection Fleuve Noir. Ce roman sera de nouveau publié en 1994 chez Rivages/Noir dans une version comprenant une quarantaine de pages supplémentaires. Pages qui avaient été supprimées de la première version.

Dans cLa mort dans une voiture solitaire (Fleuve Noir, 1982)e roman, l’univers de Pagan s’installe et l’un de ses personnages récurrents, l’inspecteur Schneider, entre en scène. Dès ce premier roman, Pagan nous offre un bouquin d’une grande tenue, d’une grande qualité. Le blues, la ville, accompagnent les pérégrinations de l’histoire, en sont des personnages à part entière. Un bouquin prenant avec un personnage principal flic, revenu de tout. Schneider, comme souvent dans le roman noir se bat contre tous pour mettre à jour une vérité que personne ne tient réellement à voir révélée. Il se bat contre sa hiérarchie et contre une certaine société, la nôtre, qui comme lui a renoncé à pas mal de choses.

C’est un grand roman, avec un personnage écorché qui n’est pas sans nous rappeler le flic sans nom de Robin Cook, ce flic qui allait apparaître bientôt dans la Série Noire. Ces deux romanciers, par lesquels j’ai commencé mon blog me semblent très proches dans leurs thèmes et leur vision de la société. Ce sont deux grands romanciers par leur style également, j’en ai cité quelques extraits dans la chronique que j’ai faite de ce livre sur Pol’Art Noir.

 

Quelques mois plus tard, en 1983, paraît le deuxième roman de Pagan, de cet auteur qui a déjà marqué les esprits dès son entrée dans le paysage noir français.

L’eau du bocal adopte un tout autre ton que le premier roman du monsieur. Il s’agit d’une histoire sérieuse traitéL'eau du bocal (Fleuve Noir, 1983) sur un mode loufoque, un peu déjanté, légèrement décalé. Une histoire qui n’a rien de franchement drôle et qui met une nouvelle fois aux prises un flic et sa hiérarchie. Le roman est noir, résolument, avec une vague d’attentats qui se répand, mais, encore une fois, la manière de le raconté est légère et ironique. C’est un roman comme on n’en croise pas si souvent dans l’univers littéraire français, un roman un peu doux dingue et qui n’est pas sans rappeler par le ton adopté Robin Cook, encore une fois, son deuxième roman en particulier, Bombe surprise. Une histoire de terrorisme narré sur un mode humoristique. C’est un roman curieux et qui confirme définitivement le talent hors norme de Pagan, capable d’écrire sur tous les tons avec un égal bonheur. J’en parle également .

 

Le troisième roman de Pagan paraît la même année. Il s’agit de Je suis un soir d’été. Roman que je n’ai pas encore lu à ce jour et dont je ne pourrai pas vous dire grand-chose puisqu’il est l’un de ceux les moins évoqués de son œuvre. J’y reviendrai quand il sera enfin tombé entre mes mains.

 

En 1984, Pagan commet une nouvelle fois deux romans. Le premier d’entre eux, son, déjà, quatrième s’intitule Boulevard des allongés. Après L’eau du bocal et, peut-être, Je suis un soir d’été, Pagan signe là un retour radical au roman noir pur jus. On retrouve un flic désabusé, un lointain cousin de son premier flic, Schneider. J’en ai également parlé sur le site Pol’Art Noir, à la suite de la chronique de Patrick Galmel, voici ce que j’en disais :

Hugues Pagan poursuit son exploration de la ville, de ses côtés sordides ou inavouables. Et de la police qui se débat pour mettre un peu d'ordre dans le désordre, en se perdant parfois, en franchissant les limites qu'elle veut imposer aux autres.

Katz est un flic sur le fil, infréquentable, franc-tireur, solitaire. Qui s'enfonce un peu plus chaque jour.

"Des voitures roulaient dehors, dans la rue, il les entendait à peine. Un néon palpitait et incendiait par intermittence les hautes vitres de l'atelier, mauve et tarabiscoté, mais il ne le voyait pas, il en avait seulement conscience, comme il avait conscBoulevard des allongés (1984)ience de ceux qui rôdaient dans la nuit, inlassables, et tissaient leurs toiles, habiles et patients ou maladroits et furtifs, de toutes les manières promis au même sort, bientôt happés et englués, piqués par les autres habitants de l'ombre, sucés, vidés, et Katz au petit matin retrouvait leur enveloppe livide sur le marbre de l'institut médico-légal, et il fallait encore les ouvrir, les découper, à moins qu'on dût se livrer à une séance de puzzle macabre, la nuit était une mer qui déposait sur la grève ses restes au petit matin, quand la lumière grise et sans relief tombait d'en haut et se dissolvait, et ne détaillait rien, une mer sans conscience, sans mémoire, sans remords. Sans haine."

Katz est un flic détruit qui s'est approché trop près de ce contre quoi il luttait. Qui s'est laissé casser par son métier...
Alors, bien sûr, on se perd un peu au début du roman, on ne sait parfois plus où l'on en est. Mais les personnages sont comme nous, la réalité les dépasse, ils n'en connaissent qu'une partie et c'est déjà trop. Pagan ne nous perd jamais complètement et on finit par se repérer dans cet univers où les sentiments de chacun, des sentiments exacerbés, n'ont pas leur place. Il faut faire taire les moindres faiblesses qui pourraient nous perdre.

Le style de Pagan est à la mesure de ce qu'il raconte, fort et désespéré. Prenant pour peu que l'on soit prêt à s'enfoncer dans les côtés sombres de la société, dans la noirceur qui va de pair avec l'homme, avec tout homme.”

C’est de nouveau un roman poignant que Pagan nous offre.

 

Son deuxième roman de l’année 1984 est Vaines recherches, le roman qui marque le retour de l’inspecteur Schneider. C’est également le dernier de ses livres à paraître dans la collection Fleuve Noir.

Schneider est un alter ego de l’auteur et il va de nouveau devoir affronter une sale affaire.

J’en avais parlé en marge de la chronique de MacOliver sur Pol’Art Noir :

“La criminelle "B" est de permanence. La criminelle "B", c'est celle que commande Schneider, le flic plus que Vaines recherche (Fleuve Noir, 1984)désabusé que Pagan nous avait présenté dans son premier roman, La mort dans une voiture solitaire. Et comme à chaque fois que la "B" est de permanence, de sales affaires pleuvent. La poisse ! D'autant que le temps est à la  poisse, avec la canicule qui s'est abattue sur la ville. De sales affaires qui s'acharnent sur Schneider, qui lui en veulent personnellement. Le viol de la maîtresse de Catala, l'un de ses équipiers, et un fou qui zigouille les femmes au hasard à la manière d'un tireur d'élite et qui adresse des messages à Sch neider.

Pagan nous offre une plongée dans un commissariat, avec le tout venant et les plus grosses affaires que doivent se coltiner les membres de la criminelle. C'est un roman court mais quand c'est du Pagan, court ou pas, cela reste un plaisir à lire. Il n'approfondit pas les différents événements, reste en surface, avec la chaleur et les affaires qui se succèdent, les flics n'ont pas le temps, Pagan non plus.

C'est un plaisir léger que nous offre le romancier, un plaisir qu'il serait dommage de bouder. Une prose d'une telle qualité est tellement rare !

Pagan confirme un ton, une manière d’appréhender la fiction avec ce roman, il colle à la réalité et décide parfois de ne pas entrer dans des détails auxquels nous n’aurions pas accès dans la réalité.

 

Last affair (1985)Son roman suivant, publié chez Albin Michel en 1985, va s’attaquer à un autre thème, un thème qu’il n’avait pas abordé jusque là ou pas aussi frontalement, un thème qui semble un peu éloigné de son univers, l’espionnage, le contre espionnage et, plus familier pour lui, la manipulation. Last Affair aborde le versant caché de notre société, celui que l’on veut déorber à notre vue.

C’est, encore une fois, un roman légèrement à part dans la bibliographie de Pagan mais il reste bien de lui, en ce sens que son talent est toujours là, intact, tellement prenant pour le lecteur. Celui que je suis en tout cas. Je l’avais chroniqué ici.

 

Avant d’entamer une trilogie qui marquera en même temps la fin de son œuvre romanesque, Pagan fait une première incursion chez Rivages avec Les eaux mortes. Nous sommes en 1986.

Les eaux mortes (1986)

Une nouvelle fois, l’histoire se déroule devant nous sans qu’il y ait pléthore d’explications, de retours en arrière. On devinera le passé du personnage principal en creux, dans certaines évocations en passant, sur lesquelle

s il ne s’appesantira pas.

C’est à nouveau un homme lessivé, usé, mais qui a sauté le pas, un ex-flic qui s’est rangé des voitures mais sur lequel une nouvelle affaire va tomber. Un personnage croisé jusque là est important dans ce roman, il s’agit de la voiture, celle du héro, enfin héro… Cette humanisation d’une voiture m’a rappelé Belletto et sa trilogie lyonnaise où les automobiles avaient également une grande importance, parfois les dernière compagnes des narrateurs. J’ai également évoqué mes impressions de lecture de ce bouquin par .

 

Je reviendrai prochainement sur la trilogie de Pagan qui a suivi ces romans. Une trilogie qui lui a demandé un autre rythme d’écriture et qui a donc également été son adieu à la littérature, le voyant ensuite voguer vers une autre forme d’écriture, les scénarii.

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Published by Jérôme Jukal - dans Pagan Hugues
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