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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 17:54

En 1870, l’année suivant l’ultime aventure de Lecoq, Gaboriau écrit et fait paraître son roman suivant, La vie infernale. Comme pour les précédents, on le lit d’abord dans “Le petit journal” puis aux éditions Dentu.

Pour passer à autre chose, s’évader de la série qui l’a rendu célèbre, Gaboriau n’abandonne pas son univers. Il convoque dans cette nouvelle fiction deux des protagonistes de son œuvre la plus singulière dans la série des Lecoq, Les esclaves de Paris. La présence de ces deux personnages secondaires nous éclaire sur le sujet de sa nouvelle œuvre, un coup monté mis en place et destiné à flouer des innocents par appât du gain, de cet argent qui fait tourner La vie infernale Partie 1 (Dentu, 1869)les têtes depuis bien des années. Un coup monté avec secrets inavouables à l’appui, dans cette aristocratie dont Gaboriau est devenu le spécialiste.

 

L’histoire débute avec le retour de comte de Chalusse dans son hôtel particulier. Un cocher donne l’alerte, le richissime comte est au plus mal, les domestiques l’emportent dans son lit. On va chercher un docteur, même si la vie de l’homme semble bel et bien en train de s’achever. Mlle Marguerite, l’autre maîtresse de maison, le veille.

Informé par Victor Chupin de l’événement, le Victor Chupin que nous avions déjà croisé dans le roman précédent, Monsieur Lecoq, Isidore Fortunat, homme exerçant le métier de prêteur, est affolé. L’affaire qu’il montait avec le marquis de Valorsay paraît bien mal embarquée. Pourtant, même le marquis avait mis toutes les chances de son côté, allant jusqu’à se débarrasser d’un rival, Pascal Férailleur, au moyen d’un plan qui affole jusqu’à Fortunat, pourtant peu porté sur la morale.

Mais Fortunat a plus d’une corde à son arc, outre le métier de prêteur, il s’est également fait chasseur d’héritage et c’est en le découvrant que l’on comprend pourquoi il se rend au-delà de la barrière, chez les Vantrasson dont la femme fut la domestique du comte. Il apprend ainsi l’histoire de la sœur du comte, disparue il y a bien des années, dans la honte…

La morale est mise à mal par Fortunat et Valorsay, aidés en cela par un certain Fernand de Coralth. On assiste notamment à une exécution particulièrement efficace, une exécution mettant à bas une réputation tout juste en train de se faire… L’appât du gain ne va pas avec l’honnêteté et certains milieux, certains cercles se révèlent plein de pouvoirs pour jeter au ban de la société des innocents bien trop naïfs. Parmi eux, celui qui se réunit pour jouer chez Lia d’Argelés, demi-mondaine.

On eût dit qu’on célébrait dans ce salon les rites bizarres de quelque culte mystérieux. Le jeu n’est-il pas une idolâtrie consacrée par l’estampille du valet de trèfle, dont les cartes sont le symbole, qui a ses images et ses fétiches, ses miracles, ses fanatiques et ses martyrs.

 

Pascal et Marguerite, les deux personnages qui donnent son sous-titre à la première partie du roman, sont bien mal embarqués. L’un ayant perdu sa réputation naissante, l’autre son tuteur et la fortune dont certains la voyaient déjà hériter. Mais les alliances sont bousculées par les événements et quelques personnages se montrent prêts à les aider, un juge de paix, un baron joueur invétéré, … A cela s’ajoute une certaine force de caractère et de sentiments. La vie infernale Partie 2 (Dentu, 1869)Nous assistons à la redistribution des cartes et à la lutte qui se met en place puis est livrée.

La Sûreté n’a pas sa place dans le roman. Les motivations des personnages, l’explication de l’histoire, ne peut plus se faire au travers d’un retour en arrière, comme dans les opus précédents. Cette fois, Emile Gaboriau nous les livre au gré de l’intrigue, sous la forme de confidences ou de brève évocation du passé des personnages. Pour les familiers de l’œuvre du romancier, certains personnages n’ont pas besoin d’être approfondis, tant nous les avons précédemment suivis… tant nous connaissons les tristes motivations qui les guident.

Un Parisien qui aurait l’absurde prétention de ne donner la main qu’à des irréprochables risquerait certains jours de se promener des heures entières sur le boulevard sans trouver l’occasion de sortir ses mains de ses poches.

Nous sommes en terrain familier, nous connaissons ces personnages qu’on nous décrits car ils sont mus par les mêmes préoccupations que leurs prédécesseurs dans son œuvre.

Gaboriau a évolué, peut-être lassé comme je l’avais été par une construction trop systématiquement identique de ses intrigues. Il développe cette fois son histoire de manière plus linéaire, la deuxième partie, qui jusque là consistait en un long retour sur ce qui avait précédé les événements racontés en première partie, n’est plus une justification mais le lieu de l’affrontement amené par la première partie. Il n’y a plus d’enquête mais la vaste descente, la déchéance, de personnages sans scrupule. Et la lutte de ceux qui sont purs et victimes. Les points de vue alternent et donnent un autre rythme à l’intrigue. Le temps devient extensible, semblant durer deux jours pour les uns et plusieurs semaines pour les autres. En passant d’un personnage à l’autre, d’un point de vue à l’autre, nous effectuons quelques retours en arrière et voyons un événement sous un autre angle. Nous le comprenons mieux que les divers protagonistes… La galerie de personnages est riche et intéressante.

Bref, c’est un roman plein de vie, parfois surprenant, digne de ces romans dits populaires et qui paraissaient dans les journaux, en épisode, tout comme ceux qui sont devenus des classiques, étudiés pour les examens et par les universitaires. C’est un roman qui précède les romans policiers classiques et dont le suspens n’est pas la préoccupation première de l’auteur, ainsi, le dénouement est rapide, quelques pages. Il est vrai que sa préparation nous a été si bien décrite qu’on le connait déjà avant de l’avoir lu…

 

Gaboriau invente encore, approfondit ce genre dans lequel il s’est engouffré depuis L'affaire Lerouge. Et il continue toujours au même rythme, celui des parutions du Petit Journal. Dans lequel son roman suivant, La clique dorée, va être également publié.

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Published by Jérôme Jukal - dans Gaboriau Emile
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commentaires

Oncle Paul 26/06/2014 18:06

Bonjour Jérôme
Celui-ci m'attend dans ma PAL, mais à chaque fois il y a un petit nouveau pour bousculer mes priorités. Mais j'ai déjà lu des romans de Gaboriau et j'aime...
Amitiés

Jérôme Jukal 26/06/2014 18:16



Bonjour Oncle Paul,


Il m'attendait également depuis quelques temps... Et, à chaque fois que j'ouvre un roman de Gaboriau, c'est un plaisir assuré, même si comme toi, l'échéance est plusieurs fois différée.


Il faut lire Gaboriau, c'est un plaisir. Celui notamment de retrouver les histoires de longue haleine comme savaient nous en offrir le 19ème siècle.


Amitié.



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