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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 15:01

En 1996, la même année que le dernier opus de la série Neal Carey, paraît Isle of Joy. Ce nouveau roman de Don Winslow est d’abord édité au Royaume-Uni. Il l’est l’année suivante aux Etas-Unis, sous un nouveau titre, A winter spy, et même sous un autre nom d’auteur, Lloyd MacDonald, pour ne pas interférer avec la parution du roman suivant de l’auteur, The Death and Life of Bobby Z. La traversée de la Manche ou de l’Atlantique, on ne sait pas, va prendre pas mal de temps, puisqu’il n’est arrivé chez nous que cette année, traduit par Philippe Loubat-Delranc, sous le titre Dernier verre à Manhattan.

 

Pour cette première histoire sans Neal Carey, Winslow ne plonge pas complètement dans l’inconnu puisqu’il se penche sur une courte période du passé d’un personnage croisé par Carey, Walt Withers. Leur rencontre avait eu lieu dans  A contre-courant du grand toboggan.

Après s’être attardé sur le tournant des années 80, Winslow repart donc un peu plus dans le passé et s’arrête à l’année 1958. Année où la guerre froide est d’actualité, la guerre froide et ses conséquences collatérales de triste mémoire, telles que la chasse aux sorcières et ses commissions à l’affût des activités “antiaméricaines”. Dernier verre à Manhattan (Seuil, 1996)Walter Withers vient de renoncer, dans le prologue, à son travail pour la CIA. Le mal du pays qu’il éprouvait se conjuguant avec une couverture commençant sérieusement à sentir le roussi. En fait de mal du pays, c’est surtout sa ville qui manque à Withers, New York. Nous le suivons lors des derniers jours de l’année, entre le 24 et le 31 décembre, alors qu’il est revenu et travaille pour Forbes et Fils, une agence de détective.

Le tableau de départ est idyllique, Withers est à New York, il chérit sa ville et, comble de bonheur, sa maîtresse, la pianiste de jazz Anne Blanchard, est également là. Il est amoureux et partage avec sa belle la plus belle ville du monde, à ses yeux. De plus, il exerce un métier qui lui convient, dans un service lui permettant de mener la vie qu’il souhaite, horaires de bureau et virées nocturnes à la suite de sa dulcinée dans les bars et autres clubs de jazz, dans un New York branché, qu’ils savourent à chaque instant.

 

Tout cela pourrait continuer indéfiniment mais, on s’en doute, ça ne sera pas le cas. Les ennuis commencent quand Walter Withers est invité par son patron à jouer le garde du corps de l’épouse d’un sénateur en pleine ascension. Madeleine Kenealy est une belle femme et son mari, un brillant orateur, ils ont tout pour occuper le devant de la scène et sont pressentis pour être le futur couple présidentiel. Seulement voilà, si Withers est là pour jouer le chaperon de Madeleine Kenealy, c’est parce que son mari a un autre agenda en tête, agenda qui comprend quelques galipettes avec une actrice suédoise justement présente à la soirée. La soirée achevée, Withers n’en a pas fini avec le couple vedette. A son corps défendant, il va de nouveau être sollicité pour les accompagner… Seulement, au lendemain de cette deuxième soirée, Marta Marlund, l’actrice aux courbes plus que généreuses que Withers a congédié à la demande de Joe Kenealy, est retrouvée morte dans la chambre enregistrée au nom du détective pour préserver l’image du sénateur.

Au cours des jours suivants, Walter Withers va devoir avancer tout en sentant l’intérêt pour sa personne s’amplifier, la police, le FBI, les hommes de main du sénateur. Pas mal de monde veut savoir ce qu’il sait… Et comme, de plus, Anne est concernée, Withers reprend les anciennes habitudes, celles de son séjour en Europe en tant qu’espion, tout en assurant son travail, notamment en menant une enquête sur Michael Howard, un cadre en passe d’être promu…

 

Don Winslow reprend les habitudes de ses premiers opus de la série sur Neal Carey, à la manière du premier,  Cirque à Picadilly, il nous offre la description d’une ville, après Londres, c’est New York. Et on peut dire qu’elle nous est décrite. Le travail de documentation apparaît également, un travail important, à tel point qu’il semble parfois que Winslow ait voulu le mettre en évidence, comme si de telles recherches ne pouvaient être tues. Nous avons ainsi des listes, celles des spectacles se jouant alors à Broadway, celles des vedettes faisant l’actualité et de leurs films. Cette mise en avant du travail de recherche trouvant son apogée au travers de la description d’un match de football (ce que l’on appelle football de l’autre côté de l’Atlantique) sur une bonne dizaine de pages. On sent que parfois Winslow s’est peut-être trouvé emporté dans son élan, oubliant de vérifier ce qu’il pensait ne pas en avoir besoin, une affiche du Jules et Jim de Truffaut apparaissant ainsi sur le mur d’un cabaret alors que le film n’est sorti qu’en 1962… Cela offre un roman au ton particulier, autant sur New York et son époque que sur les quelques jours et le suspens inhérent au genre dans lequel s’ébat le romancier. S’amusant également avec l’époque par le biais de ce sénateur Joe Kenealy, en pleine ascension, secondé par son frère Jimmy et ayant une fâcheuse propension à tromper allégrement son épouse pourtant si charmante et charismatique… Toute ressemblance avec un autre sénateur démocrate gravissant, à l’époque, les marches devant l’amener à la fonction suprême, catholique comme le personnage et au nom étrangement proche de celui choisi par Winslow, toute ressemblance, donc, n’est sans doute pas fortuite.

 

C’est au final une œuvre intéressante, curieuse, bien construite, dans laquelle on sent que l’expérimentation dont Winslow avait fait preuve sur les derniers opus de la série Neal Carey n’a pas encore abouti.

Un livre qui sonne également comme un adieu à une ville… Neal Carey en était un de ses enfants, Walter Withers ne peut pas vivre trop longtemps éloigné de ses lumières… Winslow quant à lui va gagner l’ouest et cette Californie qui sera sa nouvelle terre d’accueil…

Une dernière course new yorkaise, donc, avant l’envol californien du livre suivant, Mort et vie de Bobby Z.

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Published by Jérôme Jukal - dans Winslow Don
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