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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 11:27

En 1929 paraît le premier roman de Dashiell Hammett. Il s’intitule Red Harvest et marque l’histoire littéraire puisqu’il est considéré comme le premier roman noir, ce nouveau genre, mauvais genre, issu du roman policier qui s’en tenait jusqu’ici aux énigmes à résoudre ou résolues au cours du livre. Quelques évolutions avaient déjà eu lieu mais il faut toujours des jalons et Hammett en constitue un. Cette fois-ci, l’intrigue ne repose pas tant sur la résolution d’un meurtre et la découverte du meurtrier mais plutôt sur la description d’une atmosphère, d’une époque, avec un héro qui n’en est plus vraiment un, un héro qui va s’abîmer, prendre des coups, morfler, et adopter un comportement plus que répréhensible… Un héro qui pourrait être un lointain cousin du justicier des romans d’aventures ou des westerns. Un lointain cousin tombé dans une réalité pas vraiment exotique, une société dépravée, aux mains des trafiquants et des industriels sans scrupules. D’une police corrompue.

Le roman nous parvient quelques années plus tard, en 1932, sous le titre Moisson rouge, traduit par P.J. Herr. Cette traduction sera révisée par Henri Robillot pour la “série noire”. Il bénéficiera en 2009 d’une traduction intégrale de Pierre Bondil et Nathalie Beunat. C’est de cette dernière dont je vais parler.

 

Un homme, le narrateur et personnage principal du roman, débarque à Personville dont il a seulement entendu parler auparavant affublée d’un surnom semblant facile, Poisonville. Il est détective privé, travaillant pour une agence de San Francisco, la Continentale. Après avoir appelé son client et fixé un rendez-vous pour la soirée, il s’installe dans un hôtel.

Moisson Rouge (Gallimard, 1929)La rencontre n’aura pas lieu, son client se faisant assassiner à l’heure où ils devaient se voir.

Donald Willson travaillait au Herald, le journal local. Un journal appartenant à son père, le grand manitou de la ville, propriétaire des fonderies qui ont fait sa prospérité. Le narrateur, dont nous ne connaitrons pas le nom, décide de savoir qui l’a privé d’un client. Son enquête l’amène à constater que la ville est pourrie, aux mains d’un quatuor peu fréquentable. Mais il poursuit sa recherche et finit par confondre le coupable… Nous n’en sommes toujours qu’au début du roman et l’enquête est bouclée. Le roman policier tel que nous le connaissions jusque là laisse alors sa place.

La ville est pourrie, le détective a pu, au cours de son enquête rondement menée, croiser le quatuor qui la régit. Il les a notamment vus grâce à Dinah Brand, une femme qui n’a l’air de rien et que seul l’argent intéresse. Une maîtresse de luxe, moyennant finance, jeune et déjà usée. Une femme qui n’a l’air de rien mais de chez laquelle Willson sortait quand il est mort, chez laquelle le narrateur a croisé Max Thaler dit Whisper, l’un des maîtres de la ville. L’un des maîtres de la ville avec Pete the Finn, Lew Yard et Noonan, le chef de la police. Apprenant que Donald Willson avait décidé de dénoncer cette collusion et la corruption qui gangrène la ville, le détective décide de prendre le relais… Il force la main d’Elihu Willson et poursuit sa mission à Poisonville, une mission qui se transforme en croisade et où les règles n’existent plus.

Une mission dans laquelle il va se perdre, utilisant les méthodes de ceux contre qui il lutte. Une mission qui se transforme en croisade, une tentative d’assainissement par le vide. Les mauvaises herbes éliminées à coup d’exfoliant, ratissées, moissonnées. Et la moisson est sanglante.

 

Dans ce roman raconté à la première personne, on est dans l’action. La réflexion a servi au narrateur pour mener l’enquête sur le meurtre de son client mais c’est l’action qui prime par la suite. Les personnages ne sont décrits, perçus, que par leurs comportements et leurs paroles… La ville est décrite pour mieux asseoir une atmosphère délétère, nauséabonde. Pour donner une toile de fond aux règlements de compte en série. Hammett y va à l’économie, ne s’emportant pas dans un lyrisme mal venu quand il s’agit de décrire des morts en cascade. Il se cantonne au factuel et lui donne une force dérangeante.

 

Ce roman n’est que le premier d’une œuvre courte mais marquante. Le détective de la Continentale va revenir dans le suivant, Sang Maudit.

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Published by Jérôme Jukal - dans Hammett Dashiell
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