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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 17:55

Chaque année, quand le printemps s'annonce, un nouvel opus des aventures du shérif du comté d’Absaroka pointe son nez et vient étoffer la bibliographie de Craig Johnson. Cette année, il s’intitule Molosses. C’est, comme depuis le début, Sophie Aslanides qui s’est chargée de la traduction de ce qui s’appelait Junkyard Dogs dans le Wyoming, et qui est paru en 2010 là-bas. Et ce sont, comme depuis le début, les éditions Gallmeister qui se charge de la publication.

 

L’hiver s’est installé, lui qui n’en était encore qu’à ses prémisses dans le roman précédent, Dark Horse. L’hiver s’est installé et le comté d’Absaroka panse ses plaies ; Walt Longmire souffre encore de sa cavalcade deux mois plus tôt, boitant bas, son œil continuant d’être plus récalcitrant à chaque épisode ; et Sancho, le Basque, adjoint du shérif, ne se remet pas de l’agression dont il a été victime quelques mois plus tôt. Le comté panse ses plaies et chacun s’occupe des autres, indispensable quand il s’agit de Longmire, qui sans cela ne se soignerait pas, c’est Ruby, la standardiste, Molosses (Gallmeister, 2014)qui s’y colle ; plus expérimental en ce qui concerne Saizabitoria, le shérif allant jusqu’à lui coller une enquête qu’il crée quasiment de toute pièce autour d’un pouce manquant.

 

Le roman s’ouvre sur un épisode savoureux, faisant penser à la nouvelle parue hors commerce par chez nous, Un vieux truc indien. Un vieil homme se fait soigner dans une ambulance après avoir été trainé par la voiture familiale sur quelques kilomètres. Trainé au bout d’une corde, attachée à cette voiture, pour assurer ses acrobaties sur le toit de la maison lors du ramonage au kérosène (!) indispensable de la cheminée… Malheureusement, celle qui a emprunté la voiture pour quelques courses n’avait pas connaissance de cette technique pour éviter tout accident. Une scène cocasse qui nous rappelle d’entrée où nous sommes et nous réinstalle confortablement dans l’univers imaginé par le romancier. Dans son univers et son style.

Le vieil homme, George Stewart s’occupe d’une casse et de la déchetterie communale, le “site municipal de dépôt, tri et récupération des déchets”, attenante et est en conflit avec son voisin, Ozz Dobbs Jr, promoteur immobilier… Dans le même temps, je le disais plus haut, Longmire doit affronter la dépression de son adjoint basque, ce dernier ayant décidé de retourner du côté de la pénitentiaire. Et Henry Standing Bear prend en main l’organisation du mariage de Cady, la fille du shérif.

C’est une aventurequi apparait comme une respiration dans la série. George “Geo” Stewart, son fils et sa belle-fille, Ozzie Dobbs et sa mère, formant une communauté quelque peu excentrée du comté et un microcosme où semblent se concentrer toutes les figures de relation de voisinage imaginables. Du coup, les allers et retours des flics se concentrent sur ce petit univers… L’épisode apparait comme une respiration dans la série également parce qu’il fait la part plus belle aux répliques bien senties des uns et des autres et à cet humour du shérif qui vous colle le sourire au long de la lecture. Et qui bien souvent possède une certaine profondeur, une humanité philosophe.

La Nation Cheyenne sourit – il avait une tolérance élevée pour les crétins. Forcément, cela faisait deux cents ans qu’ils lui faisaient le même genre de coup.

L’épisode parait plus léger jusqu’à ce que l’action, le suspens, rattrapent les protagonistes et le lecteur. Malgré la tempête de neige qui s’abat sur les environs, les flics se doivent de sortir, rappelant en cela l’épisode d’un an plus tôt lors du premier opus de la série, Little Bird. La neige s’amoncelle et les rebondissements également, frôlant parfois l’excès. Une histoire de trafic vient pimenter l’atmosphère étouffée et endormie du coin et les chiens du titre, les molosses, ceux de la décharge annoncés dans le titre, ajoutent une note originale au tout.

 

Ce n’est peut-être pas un épisode majeur de la série mais sa construction le rend intéressant. En effet, la légèreté agréable avec laquelle Craig Johnson dispose ses pions, amène ses billes comme en passant, laisse petit à petit la place à un enchaînement d’événements conduisant à cette scène finale qui ponctue chacun de ses romans. Une scène finale violente malgré la météo, et prenante.

Ça tombe presque dans tous les coins, l’incapacité de Longmire à trancher rapidement ou sa volonté de ne pas le faire ayant quelques conséquences fâcheuses. Les cicatrices s’ajoutent à celles des épisodes précédents, le doute se fait plus présent.

C’est léger, moins profond peut-être que les précédents, mais une fois la dernière page fermée, on se dit que l’année qui va s’écouler avant la prochaine aventure du shérif Longmire, et les suivantes, pourrait paraître bien longue s’il n’y avait tous ces autres écrivains que nous apprécions également…

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Published by Jérôme Jukal - dans Johnson Craig
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