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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 15:33

Après trois romans au flic récurrent, Serpico à la française, Amila reprend le fil de son œuvre (qu’il n’avait pas vraiment perdu ou abandonné, d’ailleurs) et certains thèmes qui lui sont chers.

 

A qui ai-je l’honneur ?... paraît en 1974 à la “série noire”. Géronimo est parti voguer vers d’autres horizons mais la société n’en finit pas de donner du grain à moudre au romancier. Un romancier qui nous propose un livre dans la veine de ses derniers. Quelques personnages sont embringués dans une histoire dont ils ne devraient pas faire partie. Un concours de circonstances. Un déplacement forcé.

Cette fois, c’est une famille de garagistes qui fait les frais de l’intrigue. Une intrigue qui va voir de nouveau pointer le A qui ai-je l'honneur (1974)museau de quelques barbouzes sans scrupule. Des personnages peu recommandables qui pensent pouvoir s’attacher les services de Geo, ouvrier et époux de la fille du patron. Geo n’a pas tout dit à sa famille, il a omis de raconter qu’il a fait de la prison et qu’il a été affublé du surnom de “gorille de Ville-d’Avray”, suite à un fait divers marquant. Il a oublié d’en parler et ce passé le rattrape. Ses qualités sont recherchées. Mais il n’a aucune envie de plonger de nouveau… et sa famille va en faire les frais.

Ça dézingue, ça enlève, ça séquestre, ça torture, dans tous les coins. On ne s’embarrasse pas d’humanité… Il y a de l’argent en jeu, un moyen de financer plus ou moins légalement des actions plus ou moins légales.

Une nouvelle fois, les services secrets, les barbouzes, en prennent pour leur grade et le péquin ordinaire paie les pots cassés, comme dans Les fous de Hong-Kong ou les Géronimo.

Mais encore une fois, le péquin ordinaire se rebiffe et montre qu’il peut lutter, affronter, un certain ordre établi. Qu’il peut se rebiffer pour peu qu’on l’y oblige.

Amila, pour son dernier roman des années 70, nous propose un aperçu d’une société baignant dans les magouilles et une certaine impunité… Il redit ce qu’il a déjà dit, il observe ce qu’il a déjà observé sans que rien n’est réellement bougé entre temps.

 

Au tournant des années 80, Amila nous offre deux romans qui peuvent être mis à part dans sa bibliographie. Deux romans qui se remarquent, qui dénotent.

En 1981 paraît à la “série noire” Le pigeon du Faubourg. C’est un roman atypique d’Amila même si on y retrouve ses préoccupations. On y retrouve un homme ordinaire plongeant dans une histoire qui le dépasse. Un homme qui pensait que la vie ne lui réserverait plus de surprise, pas à lui et qui va devoir affronter des événements graves.

Ça commence de manière anodine, un malaise alors qu’il transporte un bahut et Marceau, décorateur d’intérieur, restaurateur de vieux meubles, se rend compte du poids de l’âge à pratiquement cinquante ans. Seulement, ce poids de l’âge, ce physique moins fringant pourrait venir d’ailleurs, avoir des causes moins naturelles.

Et puis, quasiment dans la continuité de ce constat, sa maîtresse, mère de deux de ses enfants, est victime d’une Le pigeon du Faubourg (Gallimard, 1981)agression particulièrement violente qui risque de la laisser aveugle. Une agression qui lui fait revoir ses positions, il n’envisageait pas de divorcer mais sa position évolue. Comment laisser cette jeune femme seule dans l’appartement qu’il lui a acheté ? Et sa santé chancelante ne viendrait-elle pas de sa femme, celle qu’il trompe depuis longtemps sans en tirer de quelconques conséquences ?

Ce n’est pas un roman qui avance à vive allure, comme le précédent. C’est un roman centré sur un homme qui se voit, face à certains événements, contraint de tirer un bilan de sa vie. De tirer un bilan de cette vie qu’il mène depuis quelques années entre deux femmes, la légitime et la jeune maîtresse. La première lui a donné un fils devenu juge dont il n’a jamais pu se sentir proche, accaparé qu’il a été par sa belle-famille. Ils se sont peu à peu éloignés, sont devenus des personnes qui, bien que vivant sous le même toit, n’échangent plus rien, ne se parlent presque plus. La deuxième lui a redonné du tonus, lui a redonné le sourire… lui a également donné deux enfants et continue à l’accueillir malgré l’écart d’âge…

Parallèlement à sa remise en question un flic s’accroche à l’affaire, cherche à comprendre. Et le pousse à aller plus loin dans le questionnement.

C’est un roman singulier dans l’œuvre d’Amila, on y suit un homme perdant de son assurance, réalisant que ceux qui l’entourent ne sont pas forcément tels qu’il se plaisait à les imaginer. Réalisant qu’au-delà de ce faubourg Saint Antoine où il a toujours vécu, qu’il chérit particulièrement, il y a aussi des individus, différents, avançant tant bien que mal avec leurs contradictions, leurs petits arrangements avec le monde…

 

Après son observation d’un homme qui, à l’aube de la cinquantaine, se demande où il en est, comment il en est arrivé là, Amila se penche sur son propre passé le mêlant à un événement pour se définir, expliquer l’auteur qu’il est, avec ses convictions. Il se penche sur son passé et écrit un roman marquant, un roman qui reste comme l’un des principaux de sa bibliographie.

Le boucher des Hurlus (Gallimard, 1982)Nous sommes en 1982 lorsque paraît Le boucher des Hurlus. En ce début des années 80, Amila nous ramène en arrière, au lendemain de la première guerre mondiale. Il nous emmène à la suite d’un gamin de huit ans, Michou, un gamin dont la mère est la cible, le défouloir, des femmes du quartier. Un gamin rasé comme pour rappeler ce que son père était. Ils sont des cibles pour ce que le mari, le père, à fait, parce qu’il a été un mutin, fusillé pour l’exemple en 1917…

Parce qu’il en a marre de cette histoire, parce qu’il n’en peut plus de voir souffrir sa mère, il va s’acoquiner avec trois autres enfants et partir jusqu’à ces champs de batailles qui en ont tant vu mourir pendant que d’autres revenaient couverts de médailles… Et notamment un général n’hésitant pas à sacrifier la chair à canon qu’il avait sous ses ordres pour devenir un exemple aux yeux de la nation, un général devenu le boucher des Hurlus et n’ayant pas supporté que certains refusent d’y aller quand lui-même n’y allait pas, refusent d’aller tomber pour la patrie dans une guerre qui n’était pas forcément la leur.

Amila s’empare d’un sujet sensible, un sujet qui touche encore plus de soixante-dix ans après, un sujet qui en a fait l’écrivain qu’il est, en butte avec la société, révolté, si proche des gens ordinaires… Il s’empare de ce sujet et règle des comptes sans être larmoyant, à travers l’épopée de quatre enfants.

A lire !

 

Après deux livres marquants, Amila publiera encore deux romans pour achever son parcours polardeux

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Published by Jérôme Jukal - dans Amila Jean
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