Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 23:02

 

 

Bizarre comme parfois on s’invente des souvenirs… Ou, en tout cas, bizarre comme on a l’impression d’être le seul à les avoir et de ne même plus en être sûr.

Ma rencontre avec Bret Easton Ellis (je ne parle pas d’une rencontre physique mais d’une rencontre avec un écrivain, ses bouquins) date de la parution d’American Psycho. Ou, en tout cas, c’est ce qu’il me semblait car, après enquête, je n’en suis plus si sûr. Tout d’abord, ma bibliothèque accueille bien American Psycho mais il s’agit d’une version de poche, datant de 1993. Ensuite, je me souviens que l’achat de ce roman avait été motivé par son passage à la télévision française. Et pas dans n’importe quelle émission, non, dans la sacro-sainte émission littéraire des années 80, je parle bien évidemment d’Apostrophe, animé par Bernard Pivot. J’ai encore en tête des images d’Ellis parlant anglais et présenté, discuté, par les autres invités (aucun souvenir précis de qui il s’agissait) alors que je me disais qu’il ne devait pas tout comprendre malgré l’oreillette fichée dans son oreille. Je me souviens d’une certaine condescendance de la part d’écrivains installés, évoquant, en ce qui concernait Ellis un succès dû surtout au scandale du sujet et de son traitement plutôt violent. Il devait bien y avoir parmi eux un défenseur, un type persuadé de son talent mais ce qui m’avait avant tout poussé à acquérir le bouquin était ce jugement de l’establishment (d’un certain establishment) prédisant son retour rapide à l’oubli… Résultat, c’est eux que j’ai oubliés et c’est Ellis qui trône parmi d’autres romans dans ma bibliothèque, tous ses bouquins sont là. J’ai donc des souvenirs de cette émission dont je ne suis pas parvenu à retrouver la trace. C’est quand même fort, non ? Plus fort que le roquefort, comme disait je ne sais plus qui, peut-être Séraphin Lampion dans une de ses fameuses apparitions tintinesques.

Bref, revenons à cet auteur et parcourons rapidement sa vie telle qu’on peut la voir sur les différents endroits de la Toile, et, comme je l’ai dit précédemment, on a de quoi faire en matière de sources, c’est pourquoi je ne m’attarderai pas trop.

 

Bret Easton Ellis est donc né en 1964 à Los Angeles. Il est né au sein d’une famille aisée et, après des études secondaires dans un établissement privé, il s’intéresse à la musique, l’étudie. Alors qu’il n’est encore qu’étudiant, il joue dans divers groupes et publie son premier roman qui est bien reçu. Il est associé au Brat Pack, un groupe de jeunes écrivains dans lequel on trouve également Jay McInerney, Mark Lindquist et Tama Janovitz, groupe d’écrivains qui a pour point commun de décrire une certaine frange de la société, une certaine époque, de manière assez acerbe, sans pitié. Un groupe d’écrivains dont seul Ellis et McInerney sont arrivés de ce côté-ci de l’Atlantique. Je reviendrai sur le Brat Pack (fine allusion au Rat Pack de Sinatra et consorts mais qui, cette fois, désigne des gamins (brat) gâtés, doués…).

Ellis va poursuivre une œuvre satirique, comme il le dit lui-même, sur son époque et ce qu’elle engendre. Il ne s’épargnera pas, se mettant en scène dans son roman Lunar Park, triturant  cette image qui lui colle à la peau. Car le succès qu’il rencontre avec son troisième roman va faire de lui l’un des écrivains majeurs de la fin du XXème siècle et du début du XXIème et ce succès va faire de lui un écrivain médiatisé à outrance. Il jouera avec cette image tout en s’en plaignant en vrai personnage de l’époque qu’il décrit. J’ai évoqué précédemment ses influences et je reviendrai prochainement sur son œuvre, roman par roman.

Par Jérôme Jukal - Publié dans : Ellis Bret Easton - Communauté : Culture Polar
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Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 17:22

Pour changer, je vais m’intéresser à un auteur peut-être surmédiatisé. Autant les deux premiers sur lesquels je me suis penché sont particulièrement discrets sur tous ces sites accessibles à distance depuis votre ordinateur, autant Bret Easton Ellis est visible et plus que visible. Il s’agit alors d’aller au-delà de l’image que l’on nous propose pour revenir à l’essentiel, l’œuvre. Car Ellis est avant tout un écrivain et un grand écrivain.

Autre difficulté pour sélectionner ce qui relève vraiment de l’intérêt pour sa littérature, Ellis est actuellement dans l’actualité puisque son dernier roman vient de paraître outre-Atlantique et ne va pas tarder à inonder les rayons des librairies dans notre cher pays. Je ne ferai pas allusion à ce dernier bouquin tant que je ne l’aurai pas lu et je ne retiendrai pas les endroits où l’on ne parle que de lui.

Bret Easton Ellis est un auteur qui pourrait être étiqueté roman noir s’il n’avait cette notoriété, cette reconnaissance. Méritée. Il est peut-être de ceux qui ont contribué à faire de ce genre un genre à part entière au niveau littéraire, de ceux qui ont permis de conférer au genre un intérêt autre que tout juste curieux ou poli.

C’est un grand que tout le monde s’arrache, s’accapare et que l’on voit aussi pas mal ailleurs que dans l’actualité littéraire. Il en joue tout en regrettant cet état de fait. Tâchons de voir s’il est possible de se recentrer sur son talent, son écriture et ce qu’on peut en dire, sur ce qu’il en est dit sur les différents lieux auxquels la toile (gigantesque et mondiale) nous donne accès.

Je vais sélectionner.

 

Il faut revenir aux fondamentaux comme le conseillent certains… conseillers, entraîneurs ou « coaches » de tous ordres (sportifs mais pas seulement). Quand on veut en savoir plus sur un auteur, il faut chercher du côté des sources connues et reconnues…

Malheureusement, comme je l’ai déjà dit, en ligne il n’existe qu’une encyclopédie accessible sans abonnement, sans avoir à payer… Recouper les avis et les points de vue en multipliant les entrées sur un thème choisi n’est donc pas aisé. J’ai un peu triché, je l’avoue. Bénéficiant d’un accès en ligne à Universalis, j’ai pu aller plus loin que l’embryon d’article proposé aux moins chanceux. J’ai donc une nouvelle fois pu comparer l’intérêt d’une encyclopédie collaborative (vous voyez de laquelle je veux parler, celle que tous les étudiants prisent au point d’en faire la principale inspiration de leurs travaux) et d’une encyclopédie plus « classique », faisant également à la collaboration mais sélectionnant assez drastiquement ses collaborateurs.

Dans l’encyclopédie à l’accès payant, P.-Y. Pétillon, s’attarde sur l’œuvre de Ellis, détaillant plus particulièrement trois de ses livres, le premier, Moins que zéro (Less than zero), son roman emblématique, American psycho et enfin le roman qui suivra ce dernier, Glamorama, roman de la confirmation définitive du talent d’Ellis. Cette approche est particulièrement intéressante puisqu’elle reprend l’œuvre d’Ellis en la reliant à ses différentes influences, d’Elvis Costello à Don DeLillo. Wikipédia, dans l’article qui lui est consacré, préfère une approche plus en surface, côté éditorial et anecdotique… Elle propose, ce qui est un plus par rapport à sa concurrente payante, une bibliographie.

 

Mais l’œuvre d’Ellis est analysée en long en large et en travers par de nombreux internautes… et mon petit doigt me dit qu’elle sera également évoquée ici même dans pas très longtemps. J’ai effectué une petite sélection des sites qui me semblent présenter un intérêt dans leur approche de l’œuvre de l’auteur états-unien, notamment ceux qui s’intéresse au moins autant au contenu qu’à l’emballage, l’apparence, les à-côtés de l’énorme succès qu’elle a rencontré. Cette brève sélection est bien sûr toute personnelle.

Sur fluctuat.net, une présentation rapide mais déjà plus fouillée que wikipédia ou, en tout cas, allant dans le sens qui m’intéresse, celui d’un intérêt pour l’œuvre plus que pour l’homme, nous parlons de littérature, non ? Cette article propose également d’autres liens pour approfondir… Sur Whisky Beat & Poésie (?), une série de pages nous parle d’Ellis et de son œuvre jusqu’à Glamorama paru il y a déjà plus de dix ans. L’analyse et la présentation la plus intéressante est, pour moi, celle dont s’est fendu le Cafard cosmique à l’occasion de la sortie de Lunar Park, roman précédent celui qui sortira le mois prochain, que dis-je ?, ce mois-ci (on me dit dans l’oreillette que ça serait même déjà fait !), dans sa traduction française, Suite(s) Impériale(s) (Imperial Bedrooms). Un site non-officiel en anglais se charge de recenser l’actualité du monsieur, on peut s’en contenter même si l’offre dans ce domaine est, comme je le disais plus haut, abondante.

 

Enfin, pour avoir une idée de l’auteur et de sa façon de jouer avec les médias et de se comporter dans les entretiens qu’il accorde et que l’on peut retrouver en quantité sur la Toile, je vous en propose deux (des entretiens), l’un accordé au magazine Transfuge et accessible sur Dailymotion et l’autre sur le plateau de Tout le monde en parle.

J’aborderai dans pas longtemps l’œuvre de cet auteur, à mon avis, particulièrement important dans la littérature des dernières années et dans le roman noir également…

 

Par Jérôme Jukal - Publié dans : Ellis Bret Easton - Communauté : Culture Polar
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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 14:20

 Après avoir enchaîné les livres à raison d’un à deux par an, Pagan adopte un nouveau rythme pour ce qui sera, pour lui, une trilogie. On sait qu’à cette période, il va également faire une expérience qui le marquera fortement. En 1988, il est l’un des OPJ appelé sur les lieux d’une catastrophe ferroviaire (celle des sous-sols de la gare de Lyon en juin 1988). Voilà peut-être qui explique également son changement de rythme et la teneur des trois bouquins qui vont suivre.

 

En 1990, trois ans après son dernier roman, Pagan publie un nouveau roman chez Albin-Michel. Il s’intitule L’étage des morts. Avec ce nouvel ouvrage, il s’affirme définitivement comme un des grands auteurs français du roman noir. C’est, en tout cas, mon sentiment. Il semble aller encore plus loin que pour ces bouquins précédents. Il porte assez haut ce qui faisait son style, jusque là.

On retrouve un flic à la dérive, un flic dans la lignée de Katz (Boulevard des allongés) ou de Schneider (La mort dans une voiture solitaire et Vaines recherches). Un flic sans nom, à la manière de Robin Cook et de sa série sur l’Usine. Un hommL'étage des morts (Albin Michel, 1990)e, une ville et le désespoir, le blues et la musique qui pourrait aller avec.

Sur le site Pol’Art Noir, c’est MacOliver qui s’est collé à la chronique du roman. Mon avis est un peu plus bas, le voici :

« Pagan nous offre une fois de plus une plongée dans la ville, dans la nuit. Une fois de plus mais pas une fois de trop. Avec Pagan, ça n'est jamais une fois de trop, il y a trop de talent chez cet auteur-là pour bouder le plaisir qu'il nous offre à chacun de ses bouquins ouvert.

Un flic raconte à la première personne son errance. Peut-être son dernier coup d'éclat. Un flic errant qui s'accroche à ces convictions, c'est tout ce qu'il lui reste pour ne pas sombrer complètement. Il nous raconte la mort d'un de ses collègues pas forcément plus paumé que lui ou que ceux qu'il côtoie chaque jour.
Comme toujours chez Pagan, il nous présente un personnage au bord de l'abîme, un personnage qui colle tellement à son style, sans cesse en équilibre, si près de se casser la gueule. Mais c'est de nouveau un plaisir, un grand plaisir et l'on se prend à regretter amèrement qu'il n'y ait pas plus de bouquins de cet auteur, qu'il se soit détourné de la littérature beaucoup trop prématurément. Ou peut-être avait-il tout dit ?

"Je m'étais battu, sans doute pas très bien, pour que des gosses - les leurs, les miens, ceux de tout le monde -cessent de se piquer et de crever de surdose, pour que les promoteurs immobiliers cessent de faire griller des vieilles dans les immeubles qu'ils convoitent, pour qu'on arrête de traiter les blacks, les biques, les basanés et ceux qui n'ont pas eu de chance comme des chiens. Moi aussi je m'étais battu pour un monde plus juste et plus fraternel, jour après jour, nuit après nuit. Bien sûr que ça n'était pas raisonnable, mais je n'avais jamais été raisonnable, seulement fidèle autant que je l'avais pu à la devise de mon ordre. J'avais rêvé d'un monde où les flics cesseraient de faire des pipes aux gros et aux riches, et de latter les pauvres et les laissés-pour-compte, où les commissaires ne se sucreraient plus sur les expulsions et les vacations funéraires... J'avais rêvé... C'est lorsqu'on est tombé tout en bas, avec l'angle de dérive d'une plaque de fonte lancée dans un égout, qu'on se rend compte... D'abord on rêve, après on meurt. Nul n'est jamais aussi fort ni endurant qu'il le croit. Je m'étais battu et j'avais perdu.
Rideau."

Oui, peut-être qu'il a tout dit. »

Le désespoir de Pagan est peut-être plus profond, plus personnel…

 

Tarif de groupe (1993)Trois ans plus tard, paraît chez Rivages Tarif de groupe. Cette fois, c’est un flic qui a franchi le pas, un flic qui n’en est plus un, il a quitté l’Usine mais on ne peut pas se défaire de ce métier et il le rattrape avec une affaire non élucidée, trop vite classée. Le flic replonge et nous plonge dans les travers de la police. Pagan règle ses comptes avec cette homme désabusé, au bord de l’abîme, de la folie, et qui ira jusqu’au bout. Le flic a, cette fois, un nom, Chess. Mais son nom n’ôte rien au désespoir, à l’échec d’où il vient et vers lequel il retourne irrémédiablement. Sur une bande son bien à lui (rien qu’à lui ?) et qui vaut également le détour.

Je l’ai chroniqué sur Pol’Art Noir, si vous voulez aller plus loin, elle est .

 

Il faut attendre quatre ans pour que le dernier roman de Pagan débarque sur les gondoles. Il s’agit d’un roman qui mériterait d’y être encore en tête tellement il nous emmène loin. Dernière station avant autoroute.

De nouveau la musique, de nouveau la nuit, de nouveau un flic sans nom au bord du gouffre. Ça ressemble aux précédents dit comme ça, mais chaque roman de Pagan se détache du précédent pour aller plus loin, nous proposer de nouveaux tours et détours, un nouveau chemin que l’on arpente en long, en large, avec ce désespoir, ce blues qui colle tellement à tout, à chaque seconde.

Voici ce que j’en disais sur Pol’Art Noir à la suite de la chronique de MacOliver :

Dernière station avant l'autoroute (1997)« Un flic sans nom, le narrateur, nous raconte sa lente dégringolade.

Les affaires se succèdent à la brigade de nuit dont il est le commandant. Mais il ne croit plus à grand-chose. Quasiment plus à rien.

La vie, on a bien fini par s’en rendre compte, c’est jamais qu’un de ces tristes bouis-bouis où jamais on ne repasse les plats.

Les affaires se succèdent, petites ou grandes, délicates ou pas. Un incendie dans une cave tue une dizaine de squatter, un sénateur se suicide dans la chambre d’un hôtel qui tient à sa réputation, à la discrétion, une femme en tue une autre… Il doit en même temps se battre, combattre sa hiérarchie, qui lui reproche sa trop grande indépendance. Il aurait pu finir plus haut, grimper les échelons mais il y a renoncé. Peut-être à la suite de l’enquête que l’on suivait dans L’étage des morts dont quelques personnages sont évoqués au passage et qui nous était également raconté par un flic sans nom de l’Usine, lointain cousin de celui de Robin Cook. L’univers des deux écrivains est si proche qu’on ne peut s’empêcher de penser au maître du roman noir britannique quand on lit les romans de Pagan.

L’affaire du sénateur suicidé va poursuivre notre narrateur, le pousser un peu plus vite dans la pente. Il a eu la mauvaise idée d’être là le premier pour les constatations et on redoute qu’il ait mis la main sur des documents compromettants, il a en plus la mauvaise idée de s’approcher de beaucoup trop près de l’ancienne épouse de l’homme politique.

Pagan nous offre un condensé de Pagan. On retrouve dans ce roman tout ce que l’on a pu trouver au long de ses romans précédents, un personnage principal complètement désabusé qui ne voit plus l’intérêt de continuer à faire semblant, à se conformer à des codes sans intérêt, sachant que nous finirons tous de la même façon et que c’est vers cela qu’il faut aller quelle que soit la manière.

C’est jamais le même chemin qu’on suit, c’est quand même bien au même endroit qu’on va.”

Dernière station avant l’autoroute est le dernier livre à ce jour de Hugues Pagan. Un chant du cygne, un bilan presque, sans en avoir la lourdeur, l’aspect rébarbatif. Comme son personnage, on se dit que le romancier a tout dit. Dit tout ce qu’il avait à dire, qu’il en a fait le tour. Il va même plus loin que précédemment, montrant un personnage qui se décide à renoncer à tout ou presque, qui se laisse couler.

C’est un grand roman, un roman dérangeant, un roman exigeant. Le roman d’un romancier qui aura marqué le polar français de son empreinte et dont l’importance mérite une plus grande reconnaissance… même si il est évident que Pagan ne court pas après.

Plus rien de grave ne peut se produire depuis l’invention de l’aspirine.”

Après cette dernière station, on se demande qu’elle est l’autoroute empruntée, pas sûr de ne pas avoir tout simplement suivi le cauchemar d’un homme revenu de tout, pas sûr que ce que l’on a lu fasse partie d’une certaine réalité ou du rêve. Un rêve sacrément noir. Pas sûr que le narrateur ne soit pas entré dans sa propre fiction. Plus sûr de rien. Et tout cela, comme toujours, accompagné d’un blues désespéré, d’une bande son de qualité.
Il n’y a rien au-dessus du blues, sauf peut-être le blues.” »

 

Je le dis et le redis, Pagan est un auteur à lire, un auteur à savourer pour tous les amateurs de roman noir, tous les amateurs de grande littérature car elle n’est pas toujours là où on nous le dit.

Par Jérôme Jukal - Publié dans : Pagan Hugues
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Samedi 21 août 2010 6 21 /08 /Août /2010 15:41

 

Hugues Pagan est né en 1947, donc. Après des études de philosophie, il devient enseignant puis entre dans la police. C’est alors qu’il exerce dans cette administration qu’il commet son premier roman.

 

En six ans, Pagan va publier pas moins de sept romans. Des romans qui seront d’abord publiés dans la collection Fleuve Noir puis chez Albin Michel et enfin Rivages.

 

En 1982 paraît le premier de ses romans, La mort dans une voiture solitaire dans la collection Fleuve Noir. Ce roman sera de nouveau publié en 1994 chez Rivages/Noir dans une version comprenant une quarantaine de pages supplémentaires. Pages qui avaient été supprimées de la première version.

Dans cLa mort dans une voiture solitaire (Fleuve Noir, 1982)e roman, l’univers de Pagan s’installe et l’un de ses personnages récurrents, l’inspecteur Schneider, entre en scène. Dès ce premier roman, Pagan nous offre un bouquin d’une grande tenue, d’une grande qualité. Le blues, la ville, accompagnent les pérégrinations de l’histoire, en sont des personnages à part entière. Un bouquin prenant avec un personnage principal flic, revenu de tout. Schneider, comme souvent dans le roman noir se bat contre tous pour mettre à jour une vérité que personne ne tient réellement à voir révélée. Il se bat contre sa hiérarchie et contre une certaine société, la nôtre, qui comme lui a renoncé à pas mal de choses.

C’est un grand roman, avec un personnage écorché qui n’est pas sans nous rappeler le flic sans nom de Robin Cook, ce flic qui allait apparaître bientôt dans la Série Noire. Ces deux romanciers, par lesquels j’ai commencé mon blog me semblent très proches dans leurs thèmes et leur vision de la société. Ce sont deux grands romanciers par leur style également, j’en ai cité quelques extraits dans la chronique que j’ai faite de ce livre sur Pol’Art Noir.

 

Quelques mois plus tard, en 1983, paraît le deuxième roman de Pagan, de cet auteur qui a déjà marqué les esprits dès son entrée dans le paysage noir français.

L’eau du bocal adopte un tout autre ton que le premier roman du monsieur. Il s’agit d’une histoire sérieuse traitéL'eau du bocal (Fleuve Noir, 1983) sur un mode loufoque, un peu déjanté, légèrement décalé. Une histoire qui n’a rien de franchement drôle et qui met une nouvelle fois aux prises un flic et sa hiérarchie. Le roman est noir, résolument, avec une vague d’attentats qui se répand, mais, encore une fois, la manière de le raconté est légère et ironique. C’est un roman comme on n’en croise pas si souvent dans l’univers littéraire français, un roman un peu doux dingue et qui n’est pas sans rappeler par le ton adopté Robin Cook, encore une fois, son deuxième roman en particulier, Bombe surprise. Une histoire de terrorisme narré sur un mode humoristique. C’est un roman curieux et qui confirme définitivement le talent hors norme de Pagan, capable d’écrire sur tous les tons avec un égal bonheur. J’en parle également .

 

Le troisième roman de Pagan paraît la même année. Il s’agit de Je suis un soir d’été. Roman que je n’ai pas encore lu à ce jour et dont je ne pourrai pas vous dire grand-chose puisqu’il est l’un de ceux les moins évoqués de son œuvre. J’y reviendrai quand il sera enfin tombé entre mes mains.

 

En 1984, Pagan commet une nouvelle fois deux romans. Le premier d’entre eux, son, déjà, quatrième s’intitule Boulevard des allongés. Après L’eau du bocal et, peut-être, Je suis un soir d’été, Pagan signe là un retour radical au roman noir pur jus. On retrouve un flic désabusé, un lointain cousin de son premier flic, Schneider. J’en ai également parlé sur le site Pol’Art Noir, à la suite de la chronique de Patrick Galmel, voici ce que j’en disais :

Hugues Pagan poursuit son exploration de la ville, de ses côtés sordides ou inavouables. Et de la police qui se débat pour mettre un peu d'ordre dans le désordre, en se perdant parfois, en franchissant les limites qu'elle veut imposer aux autres.

Katz est un flic sur le fil, infréquentable, franc-tireur, solitaire. Qui s'enfonce un peu plus chaque jour.

"Des voitures roulaient dehors, dans la rue, il les entendait à peine. Un néon palpitait et incendiait par intermittence les hautes vitres de l'atelier, mauve et tarabiscoté, mais il ne le voyait pas, il en avait seulement conscience, comme il avait conscBoulevard des allongés (1984)ience de ceux qui rôdaient dans la nuit, inlassables, et tissaient leurs toiles, habiles et patients ou maladroits et furtifs, de toutes les manières promis au même sort, bientôt happés et englués, piqués par les autres habitants de l'ombre, sucés, vidés, et Katz au petit matin retrouvait leur enveloppe livide sur le marbre de l'institut médico-légal, et il fallait encore les ouvrir, les découper, à moins qu'on dût se livrer à une séance de puzzle macabre, la nuit était une mer qui déposait sur la grève ses restes au petit matin, quand la lumière grise et sans relief tombait d'en haut et se dissolvait, et ne détaillait rien, une mer sans conscience, sans mémoire, sans remords. Sans haine."

Katz est un flic détruit qui s'est approché trop près de ce contre quoi il luttait. Qui s'est laissé casser par son métier...
Alors, bien sûr, on se perd un peu au début du roman, on ne sait parfois plus où l'on en est. Mais les personnages sont comme nous, la réalité les dépasse, ils n'en connaissent qu'une partie et c'est déjà trop. Pagan ne nous perd jamais complètement et on finit par se repérer dans cet univers où les sentiments de chacun, des sentiments exacerbés, n'ont pas leur place. Il faut faire taire les moindres faiblesses qui pourraient nous perdre.

Le style de Pagan est à la mesure de ce qu'il raconte, fort et désespéré. Prenant pour peu que l'on soit prêt à s'enfoncer dans les côtés sombres de la société, dans la noirceur qui va de pair avec l'homme, avec tout homme.”

C’est de nouveau un roman poignant que Pagan nous offre.

 

Son deuxième roman de l’année 1984 est Vaines recherches, le roman qui marque le retour de l’inspecteur Schneider. C’est également le dernier de ses livres à paraître dans la collection Fleuve Noir.

Schneider est un alter ego de l’auteur et il va de nouveau devoir affronter une sale affaire.

J’en avais parlé en marge de la chronique de MacOliver sur Pol’Art Noir :

“La criminelle "B" est de permanence. La criminelle "B", c'est celle que commande Schneider, le flic plus que Vaines recherche (Fleuve Noir, 1984)désabusé que Pagan nous avait présenté dans son premier roman, La mort dans une voiture solitaire. Et comme à chaque fois que la "B" est de permanence, de sales affaires pleuvent. La poisse ! D'autant que le temps est à la  poisse, avec la canicule qui s'est abattue sur la ville. De sales affaires qui s'acharnent sur Schneider, qui lui en veulent personnellement. Le viol de la maîtresse de Catala, l'un de ses équipiers, et un fou qui zigouille les femmes au hasard à la manière d'un tireur d'élite et qui adresse des messages à Sch neider.

Pagan nous offre une plongée dans un commissariat, avec le tout venant et les plus grosses affaires que doivent se coltiner les membres de la criminelle. C'est un roman court mais quand c'est du Pagan, court ou pas, cela reste un plaisir à lire. Il n'approfondit pas les différents événements, reste en surface, avec la chaleur et les affaires qui se succèdent, les flics n'ont pas le temps, Pagan non plus.

C'est un plaisir léger que nous offre le romancier, un plaisir qu'il serait dommage de bouder. Une prose d'une telle qualité est tellement rare !

Pagan confirme un ton, une manière d’appréhender la fiction avec ce roman, il colle à la réalité et décide parfois de ne pas entrer dans des détails auxquels nous n’aurions pas accès dans la réalité.

 

Last affair (1985)Son roman suivant, publié chez Albin Michel en 1985, va s’attaquer à un autre thème, un thème qu’il n’avait pas abordé jusque là ou pas aussi frontalement, un thème qui semble un peu éloigné de son univers, l’espionnage, le contre espionnage et, plus familier pour lui, la manipulation. Last Affair aborde le versant caché de notre société, celui que l’on veut déorber à notre vue.

C’est, encore une fois, un roman légèrement à part dans la bibliographie de Pagan mais il reste bien de lui, en ce sens que son talent est toujours là, intact, tellement prenant pour le lecteur. Celui que je suis en tout cas. Je l’avais chroniqué ici.

 

Avant d’entamer une trilogie qui marquera en même temps la fin de son œuvre romanesque, Pagan fait une première incursion chez Rivages avec Les eaux mortes. Nous sommes en 1986.

Les eaux mortes (1986)

Une nouvelle fois, l’histoire se déroule devant nous sans qu’il y ait pléthore d’explications, de retours en arrière. On devinera le passé du personnage principal en creux, dans certaines évocations en passant, sur lesquelle

s il ne s’appesantira pas.

C’est à nouveau un homme lessivé, usé, mais qui a sauté le pas, un ex-flic qui s’est rangé des voitures mais sur lequel une nouvelle affaire va tomber. Un personnage croisé jusque là est important dans ce roman, il s’agit de la voiture, celle du héro, enfin héro… Cette humanisation d’une voiture m’a rappelé Belletto et sa trilogie lyonnaise où les automobiles avaient également une grande importance, parfois les dernière compagnes des narrateurs. J’ai également évoqué mes impressions de lecture de ce bouquin par .

 

Je reviendrai prochainement sur la trilogie de Pagan qui a suivi ces romans. Une trilogie qui lui a demandé un autre rythme d’écriture et qui a donc également été son adieu à la littérature, le voyant ensuite voguer vers une autre forme d’écriture, les scénarii.

Par Jérôme Jukal - Publié dans : Pagan Hugues
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